Un tramway nommé capitalisme

Le 2 août dernier, une lettre, intitulée « Tramway de Québec, un dernier effort collectif » et co-signée par Vivre en Ville, le Conseil régional de l’environnement – Capitale-Nationale, Accès transports viables, l’Université Laval, des banques, des promoteurs, des compagnies d’assurance et… Michel Dallaire (le même Michel Dallaire qui, dans un délire mégalomane, cherche à nous imposer le Phare de Québec, à ériger des condos sur les terres fertiles des Sœurs de la Charité et à détruire la forêt dans le secteur Chaudière), tentait d’interpeler François Legault pour stimuler l’implantation du Réseau structurant de transport en commun (RSTC). Dans un rare moment de translucidité, on devinait parfaitement les dynamiques mafieuses qui organisent le développement urbain à Québec.

Rappelons alors qu’au cœur de ce spectacle spéculatif d’une médiocrité sans précédent alliant OSBL, institutions publiques, banquiers et promoteurs privés, se trouve l’administration publique qui, par l’entremise de son projet de transport collectif, « structure » la hausse des revenus fonciers et achète, en s’affiliant à ses partenaires de diverses manières, leur docilité et surtout, leur silence. Comme une ventriloque expérimentée, la Ville de Québec fait parler ses marionnettes en faveur de ses projets, tolère quelques écarts idéologiques contrôlés et reste dans l’ombre des projecteurs.

Pour reprendre les termes d’une amie, ce « growth coalition » s’organise de manière à nous faire avaler un seul et même programme politique : celui de la croissance urbaine à tout prix. Dans sa forme actuelle, le tramway de Québec n’est rien d’autre qu’un outil de spéculation foncière voué à la destruction des milieux naturels, la gentrification des quartiers densément peuplés et l’urbanisation perpétuelle du territoire au profit du développement privé ; un outil, subventionné par des fonds publics, voué au capitalisme sauvage du XXIe siècle.

Jusqu’à présent, on préfère enfouir l’infrastructure publique pour ne pas nuire aux déplacements de la voiture, maîtresse indétrônable du territoire municipal ; on favorise la destruction des boisés et des milieux humides dans le secteur Chaudière au détriment de la consolidation des secteurs industriels préexistants comme Saint-Malo ou Littoral Est ; on limite le déploiement du réseau dans les quartiers de la basse-ville au profit de la haute-ville ; on prévoit raser 1701 arbres matures le long du tracé pour ne pas nuire à la circulation automobile ; on ne détaille aucune politique cohérente assurant l’intégration de logements abordables ou le renforcement des écosystèmes et on se contente d’offrir des autobus aux banlieusards constituant 80 % de la population de Québec, comme si cela allait avoir une incidence quelconque sur leurs habitudes quotidiennes.

En somme, cautionner un tel projet en acceptant ses paramètres et en cherchant à ce « qu’il se réalise sans tarder » revient à perpétuer les pratiques du capitalisme écocide avec lesquelles nous devons impérativement rompre en cette époque d’Anthropocène. Dans le contexte de la crise écologique actuelle, un réseau de transport collectif devrait avoir comme principaux objectifs de favoriser la régénération des écosystèmes en planifiant la décroissance, le retrait et la reterritorialisation des milieux humanisés. À cet effet, la croissance urbaine, comme toutes formes de croissances liées au Capital, est une idée révolue.

Vivemement la radicalisation de la pensée écologique à Québec.