Le monde derrière les écrans

Alors que le confinement et les écrans deviennent, progressivement, une réalité immuable pour notre humanité hyperconnectée, il semble plus essentiel que jamais de fermer les écrans et porter un regard sur ce qui se produit au-delà des épaisses parois de nos vies encapsulées: le monde brûle et nous avons les yeux rivés sur une réalité virtuelle façonnée à notre image par des algorithmes; nous fixons un miroir.

Au-delà de cette perspective narcissique, sommes-nous capables de reconnaître que nos existences urbaines, oisives et aliénées, reposant uniquement sur la consommation d’externalités, entretiennent une relation parasitaire au monde? En ce sens, nous le vampirisons, sans jamais lui donner quoi que ce soit en retour. Les forêts et les sols sont anéantis pour satisfaire nos appétits consuméristes. Et nous arrivons à nous faire croire qu’en maintenant cette relation pour laquelle Gaïa perd en vitalité ce que nous gagnons en virtualité, des énergies « vertes », des voitures électriques, des villes « intelligentes » et des innovations technologiques agirons comme remède pour notre Terre mère? Est-ce là de l’aveuglement volontaire ou simplement de la naïveté? Toutes ces grandes idées techno-industrielles de notre époque impliquent nécessairement une destruction des sols, une extraction des matières, des procédés de fabrication énergivores, des durées de vie obsolètes et des modes de vie consuméristes. Cela doit être une évidence.

La Terre saigne et nous la violons à grands coups de clics de souris, de logiciels et d’applications numériques. Mais il est impératif de la soigner, l’aimer, la régénérer; ses sols, ses eaux, ses communautés biotiques. Et ce, tous les jours. Pas en étant collés quotidiennement à des écrans, mais bien en interagissant avec le sol, en étant conscients de la présence et l’existence de l’autre, humain et non-humain; en le respectant, le désirant et le laissant émerger spontanément.

Reterritorialisons-nous. Soyons à l’écoute du monde qui nous entoure, du climat, des saisons, de la matière, des aliments, de la flore, de la qualité des sols. Mettons nos corps à l’épreuve, salissons-nous les mains et participons à sa régénération. Et peut-être qu’à ce moment, enfin, il deviendra évident que l’asphalte étouffe la microbiologie des sols, le contenu de l’épicerie nous empoisonne, travailler dans un bureau limite les interactions aux communautés du vivant, fabriquer une voiture (électrique) est un acte de violence extrême envers Gaïa et reproduire cet acte quatre milliards de fois est un écocide.

Prenons racine dans le territoire et soignons quotidiennement ses sols. À moins, bien sûr, que nos objectifs avoués soient d’anéantir l’ensemble des communautés du vivant et, par le fait même, nos propres conditions d’existence. Dans ce cas, laissons les écrans nous montrer la voie et poursuivons, ça va bien aller.

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De «parc et espace vert» à «campus technologique» : un changement de zonage à l’image de l’ignorance municipale

Mémoire présenté dans le cadre de la consultation sur la modification au Schéma d’aménagement et de développement du site de l’ancien dépôt à neige d’Estimauville.

Une vision imposée

En 2020, la Ville de Québec révélait sa vision pour le développement du Littoral Est, arrimée au Projet Laurentia, entre les quartiers Limoilou (à l’ouest), Beauport (à l’est) et Giffard (au nord); une vision purement mercantile, axée de façon unilatérale sur la «spécialisation intelligente», cherchant à stimuler 12,5 G$ en investissement et valeur immobilière d’ici 2035.1

Tel un morceau de viande lancé dans une fosse aux lions affamés, on offre 8,4 km2 de territoire (figure 1), à l’embouchure du fleuve Saint-Laurent, aux investisseurs étrangers et aux industries privées les plus offrantes, sans trop se soucier de la qualité des vies de celles et ceux qui habitent présentement le territoire. Comme preuve, la Ville propose, pour la gouvernance du projet, la formation d’un OBNL constitué de 13 membres et présidé par le «milieu des affaires», sur lequel siégeront 6 entreprises, Québec International (l’agence de développement économique pour la région de la Capitale Nationale), l’INRS, l’Université Laval, le Port de Québec, la Ville de Québec et un Conseil de Quartier (figure 2). Sur 13 sièges, huit seraient occupés par des intérêts privés, trois par des institutions publiques soumises aux logiques spéculatives du marché et une seul par les citoyen-nes. Aussi bien dire que les citoyen-nes n’auront pas un seul mot à dire.

Figure 1. Secteur concerné par la Zone d’innovation Littoral Est et le projet Laurentia.

Figure 2. Ville de Québec. Gouvernance proposée pour la gestion du projet Littoral Est.

Rappelons alors que l’ensemble de cette vision imposée, regroupée dans un document de 194 pages, a été élaborée sans même qu’un-e seul-e citoyen-ne ait l’occasion de se prononcer sur le projet ou ses orientations. Dans ce document qui apparaît comme une brique lancée au visage de la population, parmi les «perspectives d’avenir», on retrouve les orientations suivantes :

– «Zone surveillée en continu et connectée»;
– «Quartier monitoré et connecté»;
– «Suivi de l’humeur (mood monitoring)»;
– «Ville intelligente en santé – mégadonnées en santé»;
– «Cybersécurité appliquée»;
– «Laboratoire vivant pour les technologies 5G»;
– «Incubateur en technologies propres»;
– «Développement d’algorithme (IA) pour améliorer la connectivité du quartier et la qualité de vie des citoyens.

Ce sont là des manifestations assez claires de l’emprise croissante d’un capitalisme algorithmique sur le territoire de la Capitale-Nationale. Et, sans surprise, lors de la première présentation de cette vision techno-industrielle aux citoyennes, le 7 octobre 2020, les principales préoccupations citoyennes pour le développement de ce territoire étaient les enjeux écologiques et sociaux (figure 3); un décalage flagrant par rapport à la vision de la Ville. Il devient alors tout à fait légitime de se demander : mais quels intérêts la Ville de Québec dessert-elle ? Et surtout, qu’en est-il de l’écologie et de la citoyenneté ?

Figure 3. Capture d’écran: volonté citoyenne exprimée lors de présentation en ligne de la vision du Littoral Est par la Ville de Québec

Une ignorance dangereuse

Dans le brouhaha du développement de cette vision de 12,5 G$, sans même avoir consulté les citoyen-nes pour définir les orientations de son projet et laissant à ces dernièr-es deux mois pour digérer l’ensemble de sa vision, en pleine période d’épidémie, l’administration municipale invite maintenant les citoyen-nes à se prononcer sur le changement de zonage d’un terrain, servant actuellement de dépôt à neige, pour faire passer son usage « Parc et espace vert » à celui de « Campus technologique ». Autrement dit, la Ville enfonce sa vision dans la gorge des citoyen-nes et les invite désormais à se prononcer sur des transformations ponctuelles pour faire croire à un processus « participatif ». Le tout, sans jamais leur permettre d’interroger réellement les prémisses du projet.

Puisqu’il en est ainsi, parlons de ce territoire qui sert actuellement de dépôt à neige et qui constitue un pont entre le fleuve Saint-Laurent et les quartiers habités de Maizerets et Beauport (figure 4).

Figure 4. Localisation du terrain concernée par la « consultation »

Comme les fonctionnaires de la ville semblent l’ignorer2, la planète Terre est, depuis la moitié du XXe siècle, entrée dans une nouvelle ère géologique caractérisée par l’exacerbation simultanée des processus physiques, chimiques et biologiques qu’occasionne l’activité humaine à l’échelle planétaire : l’Anthropocène 3. Pami les bouleversements innombrables qui marquent cette nouvelle époque géologique, on observe la hausse des émissions de GES, le réchauffement atmosphérique, la fonte des glaciers et du pergélisol, la perte de biodiversité et la montée rapide du niveau des océans. Or, ce dernier point, la montée des eaux, est particulièrement préoccupant dans le contexte où le terrain concerné par le changement de zonage compte parmi la ligne de front du territoire étant exposé aux humeurs du fleuve Saint-Laurent.

Notons alors que, dans le contexte de changements climatiques, les berges jouent un rôle essentiel pour la protection des établissements humains contre l’érosion et les inondations. En ce sens, nombreuses sont les villes qui, pour renforcer la résilience des berges face à la montée des eaux, choisissent de multiplier le couvert végétal, d’accroître les superficies d’espaces verts et d’augmenter la quantité d’arbres plantés en bordure de l’eau. De telles interventions, en plus d’offrir des espaces publics de qualité exceptionnelle aux citoyen-nes et des habitats prospères à la biodiversité, jouent un rôle clef dans la protection des territoires humanisés: les sols végétalisés, telle une éponge, absorbent l’eau et limitent les débordements; les systèmes racinaires, pour leur part, constituent une importante protection contre l’érosion des berges; la présence de biodiversité renforce les écosystèmes et contribue, plus largement, à limiter le réchauffement planétaire.

En somme, la fonction de «Parc» est vitale pour la protection des secteurs habités et il serait absolument irresponsable de la part de l’administration municipale d’humaniser un site qui, inscrit dans la continuité écologique du Domaine de Maizerets, constitue une ligne de front pour la protection du territoire. Il suffit d’observer les projections concernant la montée des eaux dans le secteur pour réaliser à quel point une telle décision serait impardonnable (figure 5). En fait, si la ville était moindrement sérieuse lorsqu’elle a endossée, le 1er avril 2019, la Déclaration citoyenne d’urgence climatique (DUC)4 , elle chercherait à accroître, comme l’a fait la mairesse Plante à Montréal5, les territoires dédiés aux parcs et, plus précisément, à la biodiversité. Pour les générations futures, il s’agit de la seule perspective viable.

Figure 4. Montée de l’eau projetée du fleuve Saint-Laurent dans les quartiers de la basse-ville: 1,5m, 2m et 2,5m.

Vers une vision citoyenne du Littoral Est

Enfin, le changement de zonage pour toutes fonctions visant à humaniser le terrain concerné est inacceptable et les éléments pouvant faire l’objet d’une réflexion dans le projet du Littoral Est sont trop nombreux pour se limiter à un seul site; c’est l’entièreté du projet qui doit être revu.

En fait, si la ville de Québec n’ignorait pas les habitant-es de son territoire, les enjeux liées à l’écologie et l’existence des changements climatiques, et qu’elle souhait réellement faire preuve d’un respect envers les citoyen-nes, les générations qui les précéderont et, plus largement, le vivant, elle adopterait, au minimum, l’ensemble des critères proposés par la Table citoyenne Littoral Est dans le Plaidoyer pour un Littoral Est écologique, sociale et économique6 qui se lisent ainsi:

1. Gouvernance:

  • Le projet intègre des représentant·e·s des conseils de quartiers et d’autres organismes du milieu dans ses processus décisionnels.
  • Le projet permet la formation d’un comité citoyen représentatifs des différentes réalités socio-économique des quartiers centraux.
  • Le projet s’assure que des ressources suffissantes sont mises à la disposition des citoyen·ne·s pour supporter leur participation.
  • Le projet supporte la transparence de ses opérations auprès des citoyen·ne·s et autres acteurs du milieu tout au long de sa conception, de son exécution et de son évolution.
  • Le projet s’assure que, dans toutes ses phases, la représentation citoyenne et la diversité des représentant·e·s du milieu est maintenue.
  • Le projet met en place des indicateurs pour l’atteinte des objectifs en regard de la biodiversité, de l’habitation, de la mixité des usages et de la mobilité. Le suivi de ces indicateurs fait partie des processus de gouvernance et de reddition de compte aux citoyen·ne·s.

2. Biodiversité

  • Le projet intègre un réseau continu et ininterrompu dédié à l’émergence et la régénération des écosystèmes (friches et boisés).
  • Le projet intègre un réseau continu et ininterrompu dédié à l’agriculture urbaine (agroforestier, permaculturel, jardins collectifs et communautaires, etc.).
  • Le projet permet la renaturalisation des berges.
  • Le projet intègre une biodiversité indigène, diversifée, rustique et nourricière.
  • Le projet présente une sensibilité écologique pour la récupération du milieu bâti existant.
  • Le projet présente une sensibilité écologique pour les matériaux employés (provenance, récupération, qualité matérielle, etc.) dans les nouvelles constructions.

3. Habitation

  • Le projet permet l’implantation d’une mixité de type d’habitations.
  • Le projet prévoit un ratio d’un logement bâti pour chaque emploi créé.
  • Le projet présente des modèles d’habitations novateurs sur les plans de l’architecture, de la mixité sociale, de la durabilité et de l’écologie.
  • Le projet prévoit un minimum de 52 % de logements communautaires et abordables.
  • Le projet prévoit différents types de logements communautaires et abordables développés par et pour les citoyen·ne·s (OBNL, fiducies, coopératives, etc.).

4. Mixité des usages

  • Le projet permet un quotidien basé sur la marche.
  • Le projet intègre le «commun urbain» comme centralité.
  • Le projet intègre l’ensemble des services quotidiens dans des rayons de marche de 800 m (10 minutes).
  • Le projet intègre des services, locaux, maraîchers et artisanaux.
  • Le projet propose un ratio territorial de 50% de fiducies (FUS ou FUSA) gérées par des comités citoyens, coopératives et/ou OBNL.
  • Le projet assure un accès public aux berges pour tous et toutes.
  • Le projet o re des services de valorisation des matières résiduelles de proximité accessibles à l’ensemble des citoyen·ne·s.

5. Transports

  • Le projet priorise les piétons et facilite la marche.
  • Le projet intègre un réseau complet de pistes cyclables utilitaires.
  • Le projet permet à l’ensemble des citoyen·ne·s d’accéder au transport collectif dans un rayon de 800m (10 min) de marche.
  • Le projet intègre un réseau complet de ruelles.
  • Le projet permet l’abolition des barrières entre Limoilou et Maizerets.
  • Le projet intègre des espaces de covoiturage.

Références

1. Ville de Québec (2020). PROJET DE ZONE D’INNOVATION LITTORAL EST. En ligne: https://www.ville.quebec.qc.ca/apropos/planification-orientations/amenagement_urbain/grands_projets_ urbains/zone-innovation-littoral-est/docs/projet-de-zone-d-innovation-littoral-est.pdf

2. C’est ce que laisse deviner le document de 194 pages présentant la vision du Littoral Est. Ibid.

3. Zalasiewicz(2017).T heWorkingGroupontheAnthropocene:Summaryofevidenceandinterim recommendations . Anthropocene 19:55-60

4. Ville de Québec (1er avril 2019). Séance du conseil de ville du 1er avril 2019 . En ligne: https://www.ville.quebec.qc.ca/docs/pv/rubriques/resolutions/CV/2019/CV-2019-0277.pdf

5. Journal Métro (21 septembre 2020). Montréal achète le boisé North Ridge pour son Grand parc de l’ouest . En ligne: https://journalmetro.com/local/ouest-de-lile/2523942/north-ridge-montreal-achete-le-boise-north-ridge-pour-son-grand-parc-de-louest/

6. Table citoyenne Littoral Est (2020). Plaidoyer pour un Littoral Est écologique, social et économique. En ligne: https://simonparent.com/portfolio/plaidoyer-pour-un-littoral-est-ecologique-et-social/

L’Université Laval, complice d’un écocide ?

Le 31 août dernier, un communiqué de la Ville de Québec présentait les détails du projet d’agrandissement de la zone portuaire Laurentia et du développement du secteur Littoral Est, situé entre Limoilou, Maizerets et Beauport. On y confirmait notamment un partenariat entre la Ville de Québec, l’Université Laval, la Chambre de commerce et d’industrie de Québec et le Port de Québec.

À bien des égards, nous croyons qu’une telle complicité entre une institution publique, comme l’Université Laval et certains promoteurs ou industries du secteur privé, est inacceptable.

À ce jour, les activités industrielles entourant le secteur portuaire occasionnent plus d’inquiétudes et de destructions écosystémiques qu’autre chose, et aucune recherche scientifique sérieuse ne tend à nous rassurer.

Dans le dernier Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre, on constate que les transports constituent 43,3 % des émissions globales du Québec, la seconde place étant occupée par l’industrie à 30,5 %. Cela signifie que le transport des marchandises ainsi que l’ensemble des processus industriels liés à l’extraction, la manutention et la transformation des matières qui convergent au Port de Québec augmenteraient significativement les émissions dans des secteurs d’activités – déjà parmi les plus nocifs de la province – dont le bilan doit, au contraire, s’améliorer. En d’autres termes, ce point de convergence d’une industrie mondialisée contribue à l’intoxication de l’air ambiant et à l’exacerbation des déséquilibres climatiques. Le projet Laurentia, quant à lui, augmentera la capacité de transit vers le port, sans considération pour ces impacts écologiques.

De plus, l’activité portuaire détruit les écosystèmes marins du Saint-Laurent, notamment en menaçant l’habitat des bars rayés et des bélugas et, comme le souligne SOS Port de Québec, l’équivalent de «72 terrains de football en milieux naturels». C’est sans compter l’ensemble des externalités environnementales et sociales qui se perdent dans les limbes d’un système d’échange mondialisé. On peut donc en conclure que ces activités auxquelles participe l’Université Laval sont écocidaires.

Disons que de telles pratiques sont assez gênantes pour une université qui prétend vouloir «réduire l’empreinte carbone du portefeuille de titres de participation […] de 50 % d’ici 2030» et «poursuivre ses actions en vue de préserver et d’améliorer la qualité de vie des personnes sans compromettre celle d’autrui et celle des générations à venir.» Comment l’Université Laval peut-elle réconcilier ces objectifs en s’associant au projet Laurentia, dans le contexte d’un partenariat avec le Port de Québec?

Santé publique

En 2018, Slavko Sebez, ancien directeur de la Santé publique, soulignait, en pointant une étude, que «le taux de mortalité par cancer du poumon est deux fois plus élevé dans Limoilou-Vanier qu’à Sainte-Foy-Sillery […]». C’est face à ce genre de constats aberrants que se sont mobilisés des citoyen-nes dans Limoilou afin de dénoncer la nocivité des activités du Port de Québec; le documentaire «Bras de Fer» expose bien les injustices de cette lutte populaire qui oppose David à Goliath.

L’équation est assez simple : des milliers de véhicules (trains, voitures, camions, navires) convergent quotidiennement vers le secteur industriel en produisant des émissions toxiques tandis que les matières poussiéreuses du Port sont entreposées à ciel ouvert. Le tout, à quelques mètres des quartiers les plus densément peuplés de la capitale. Mais jusqu’à quel point peut-on dégrader la qualité des milieux de vie sans que les citoyen-nes ne se révoltent?

Participation citoyenne

Depuis deux ans, Québec, ville résiliente, une vision d’aménagement proposant de transformer les secteurs industriels du Littoral Est en milieux de vie basés sur l’écologie, les communs et les mobilités actives, chemine auprès des citoyen-nes. Le Conseil de quartier de Maizerets a même adopté officiellement la proposition et formé un comité de réflexion citoyen pour soutenir et renforcer les idées. En effet, le Plaidoyer pour un Littoral Est écologique, social et économique élaboré par les membres du conseil propose de nombreux critères, répartis selon cinq grands thèmes, conditionnels à la réalisation du projet. Parmi ceux-ci, on retrouve des exigences liées à la régénération des écosystèmes, la renaturalisation des berges, l’accès public au fleuve, l’implantation de corridors écologiques, des superficies dédiées à l’agriculture urbaine, l’intégration de plus de 50 % de logements sociaux et abordables, bref, des critères qui auraient de quoi inspirer les plus belles citations sur le site web de l’Université Laval.

Ironiquement, on retrouve déjà sur ce site web l’intention de «promouvoir la recherche-action sur la démocratie participative liée à l’environnement et la compréhension des processus de participation publique.» Alors pourquoi, dans un tel contexte, Sophie D’Amours, rectrice de l’Université Laval, préfère-t-elle le Port de Québec aux citoyen-nes qui défendent le bien commun sans être perverti-es par des intérêts financiers ou politiques?

D’un point de vue éthique, l’Université Laval sera en conflit d’intérêts lorsque viendra le financement des recherches sur le Port de Québec, et ce, sans compter l’autocensure à laquelle seront soumis les chercheur-es face à leurs bailleurs de fonds. Dans tous les cas, ces partenariats nocifs canalisant des fonds publics vers des intérêts privés, occasionnant une dégradation écosystémique, illustrent certains problèmes d’éthique dans nos institutions publiques.

Par respect envers les générations suivantes, nous exigeons (1) un désinvestissement total de toutes formes d’implications universitaires (recherches, partenariats, conférences, etc.) dans ce type de projets écocidaires, (2) la contribution de groupes étudiants au développement de la réflexion proposée par le Conseil de quartier de Maizerets, ainsi que (3) la formation d’un comité de vigilance étudiant et citoyen capable d’intervenir dans l’allocation des fonds universitaires.

Il y a tout de même des limites à vouloir sacrifier la vie au nom de l’économie.

Collectif d’auteurs

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Le Soleil