Distance


L’animation suivante illustre l’évolution de la relation entre l’espace public et l’espace décisionnel au parlement de Québec. À travers les mutations de ce dernier, on peut constater un éloignement progressif du public; il devient de plus en plus difficile pour un citoyen d’intégrer l’espace politique.

1850

Alors situé au sommet de la Côte de la Montagne, entre le séminaire de Québec, l’hôtel de ville et les activités portuaires, le parlement siégeait au centre des échanges de la ville. À l’époque, le bâtiment renfermait les activités du Bas-Canada et représentait parfaitement l’image d’une démocratie. La sobriété de sa façade et l’ordonnance classique qui la composait lui conférait la prestance d’un noble bâtiment institutionnel. Pour les citoyens, il était très facile d’accéder aux débats puisque l’espace public était alors délimité de la chambre d’assemblée par un simple seuil, définit par trois contremarches et une porte.

1885

Dû au manque d’espace et suite à l’incendie du bâtiment précédent, l’hôtel du parlement est relocalisé à l’extérieur des fortifications de Québec. C’est le dessin d’Eugène-Étienne Taché, grandement inspiré par le palais du Louvre à Paris, qui est retenu pour cette version du parlement et qui s’implante sur un monticule – la colline parlementaire –, à même le faubourg Saint-Louis. L’accès aux espaces décisionnels est relativement facile pour le public, mais se voit toutefois distancé de ce dernier par un escalier majestueux, à l’intérieur du parlement. Tout visiteur doit donc emprunter un parcours protocolaire afin d’accéder au salon bleu et au salon rouge qui sont, respectivement, la chambre d’assemblée et la salle du conseil législatif.

1984

Suite à une tragique fusillade en chambre d’assemblée, le gouvernement se voit dans l’obligation d’implanter un filtre de sécurité dans le parlement afin de contrôler les entrées. Alors très réactionnaire, la réponse formelle se traduit par la relocalisation de la porte d’entrée principale dans une des tours, au coin du bâtiment. Ainsi, les pièces en enfilade servent de poste de sécurité et permettent de filtrer les accès. La distance à parcourir est alors grandement rallongée et beaucoup moins invitante pour tout citoyen qui aimerait assister aux débats.

2019

Aujourd’hui, tandis que les politiques internationales sont effrayées par les menaces terroristes, l’agrandissement du parlement de 60 M$, proposé par Provencher-Roy, se traduit par un prolongement du filtre de sécurité déguisé en espace multifonctionnel pour les visiteurs. Ce grand vide sous-terrain, en plus de refuser à l’architecture contemporaine d’occuper sa place dans l’espace public, favorise une sécurité renforcie qui s’apparente drôlement à celle d’un aéroport. On plonge le visiteur dans un long parcours, on lui raconte des histoires, on le fait visiter, mais jamais on ne l’invite à participer.

La construction est désuète avant même d’avoir été acheminée. En ce sens, il est impossible d’imaginer une extension future à ce bâtiment puisqu’il est enfoui sous terre. L’architecture d’aujourd’hui semble éprouver un profond malaise face au patrimoine qu’elle se doit de faire évoluer, comme si tout devait être muséifié et qu’il n’était plus possible d’intervenir sur les couches du passé.

Le maquillage proposé par l’agrandissement permettra d’accueillir des visiteurs et offrira aux décideurs de l’état des nouvelles chambres de commissions, en sous-sol, sans lumière naturelle. Peut-on vraiment imaginer que des lois favorables au bien-être de la société québécoise contemporaine seront adoptées dans des espaces aussi misérables ?

Le protocole est aujourd’hui dénaturé, le public est distancé et les politiciens opèrent à huis clos. Comment peut-on espérer une relation de confiance entre les politiques et le public si le socle de la légitimité québécoise cherche à se distancer de ses électeurs ? Considérant que le parlement se veut à l’image des pratiques politiques du Québec, peut-on encore parler d’une démocratie ?

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