Québec inc. 2.0, ou la « siliconisation de la vallée du Saint-Laurent »

Sous l’épais nuage de fumée qu’est devenue la couverture médiatique de la pandémie de covid-19 s’opèrent des mutations socio-politiques, territoriales et structurelles qui sont très peu discutées: le Québec, comme l’ensemble des pays industrialisés, se numérise à une vitesse fulgurante et passe à l’ère des technologies de surveillance.

À ce jour, 23 «zones d’innovation» se déploient sur le territoire provincial.

À l’ombre des projecteurs, la Coalition Avenir Québec appuie sur l’accélérateur et implante une version numérique du rêve que poursuit François Legault depuis 2013: le «Projet Saint-Laurent».1

Récemment, Jonathan Durand Folco, professeur à l’Université Saint-Paul, qualifiait cette numérisation du Québec de «siliconisation de la vallée du Saint-Laurent». En effet, cette référence à la Silicon Valley californienne, ou encore au Sidewalk Labs de Toronto, illustre assez bien l’influence des GAFAM dans la logique organisationnel des espaces industriels 2.0 que sont les «zones d’innovation».

Et c’est en observant les détails d’une de ces zones qu’on saisit l’essence des mutations techno-industrielles qui s’opèrent, et ce qui les rapproche de la mégalomanie des GAFAM.

En ce sens, dans les «perspectives d’avenir» de la «Zone d’innovation Littoral Est» qu’impose aujourd’hui la Ville de Québec aux résident-es du quartier Maizerets, on peut lire les énoncés suivants : «surveillance des comportements des consommateurs en temps de restrictions» (p.56), «accroissement analytique des données massives » (p.56), «laboratoire d’expérimentation des technologies 5G» (p.56), «quartier d’essai des technologies 5G» (p.60), «zone surveillée en continu et connectée» (p.60) et «implication citoyenne éthique» (p.60).2

On peut dès lors s’interroger : pourquoi cet engouement pour les technologies de l’information? Qui sera responsable de définir «l’éthique» derrière l’utilisation de ces technologies? À quelles fins seront récoltées et utilisées les données? Qu’est-ce que tout cela implique pour les communautés locales?

On obtient déjà quelques éléments de réponse dans les documents d’appel à projet du gouvernement Legault.

En fait, les «zones d’innovation» ont pour objectif premier de stimuler le déploiement des hautes-technologies et «d’attirer des investissements pour la croissance et la hausse de la productivité des entreprises.»3

D’un point de vue formel et urbanistique, elles comptent «sur la présence d’infrastructures telles que des zones industrialo-portuaires, des pôles logistiques, des parcs technologiques et des parcs industriels».4

Par exemple, dans la région de Québec, c’est le Port de Québec qui se trouve au coeur de la «zone d’innovation Littoral Est» avec son projet Laurentia. Et l’importance des «zones d’innovation» pour la CAQ pourrait difficilement être mieux affirmée qu’avec la mise en relation du tramway et du 3e lien qui relie Québec à la Ville de Lévis qui prévoit également miser sur l’innovation pour relancer son économie.5

Parent. 2021. Les «Zones d’innovation» dans la région de Québec, le tramway et le 3e lien.

De plus, l’organisation de ces territoires techno-industriels sera entièrement dictée par un «conseil d’administration majoritairement constitué de représentants d’entreprises et sous la présidence d’un représentant du milieu des affaires de la région». 6

On devine donc que le déploiement des «zones d’innovation» est une nouvelle forme de privatisation de la vallée du Saint-Laurent basée sur la collecte de données massives (Big Data), or numérique du 21e siècle.

Ainsi, on implante des zones surveillées sur les territoires afin de permettre une collecte d’informations maximale par des entreprises privées; collecte massive qui permet de mieux comprendre, prédire et influencer le comportement des individus à des fins de marchandisation et de contrôle.

On peut donc grandement douter de l’éthique qui motive le déploiement des «zones d’innovation» et la gestion des données publiques, surtout en sachant que le ministre responsable de ces projets est Pierre Fiztgibbon ; ce même ministre qui veille, entre autres, à la commercialisation des données de la RAMQ et à la privatisation du «Panier Bleu».

Mais tandis que s’opère cette «siliconisation de la vallée du Saint-Laurent», un élément devient encore plus frappant : le gouffre abyssale qui sépare les mentalités colonisées par l’économie marchande que symbolise la CAQ et les réalités bio-climatiques liées à l’effondrement des écosystémiques planétaires (perte massive de biodiversité, appauvrissement généralisé des sols, réchauffement de la biosphère, montée des eaux, destruction des forêts, etc.)

En ce sens, il est clair que les mutations techno-industrielles annoncées par la CAQ s’inscrivent dans la continuité des logiques du capitalisme néo-libéral: extraction et mobilisation de métaux rares nécessaires à la fabrication des objets de haute-technologies, destruction des sols, spécialisation et hiérarchisation du travail, dépendance aux dynamiques impérialistes de la mondialisation, privatisation et métropolisation du territoire (urbanisation, spéculation et gentrification), déterritoritorialisation des pratiques culturelles (renforcement de l’emprise des écrans) et consommation massive d’énergie.

Il semble donc essentiel, au moment où émergent ces grandes mutations techno-capitalistes et où s’effondrent, simultanément, les écosystèmes qui supportent la vie sur terre, de nous interroger sur les conditions territoriales que nous léguons aux générations suivantes.

À Québec, depuis 2019, la Table citoyenne Littoral Est7 milite pour un littoral citoyen et propose, en opposition à ce déploiement techno-capitaliste, une perspective territoriale respectueuse des réalités sociales et bio-climatiques: renaturalisation des berges du Saint-Laurent, création de corridors écologiques (verts, bleus, bruns, noirs), espaces de permaculture et d’agro-foresterie, reterritorialisation des pratiques culturelles (artisanat et savoirs traditionnels), renforcement des communs dédiés au soin, au partage et à la collaboration, gouvernance citoyenne, mobilité active et collective, fiducie foncière d’utilité sociale et écologique, accès au logement pour tous, etc.8

Enfin, dans ce moment charnière de l’occupation territoriale et de sa planification, il semble essentiel de poser cette question fondamentale : «Que souhaitons-nous léguer aux générations suivantes : des zones de surveillance hyper-connectées ou des écosystèmes régénérés?»


  1. Les Affaires. 2020. Des zones porteuses pour le Québec. En ligne : https://www.lesaffaires.com/dossier/special-innovation/des-zones-porteuses-d-avenir-pour-le-quebec/621789
  2. Ville de Québec. 2020. Projet de Zone d’innovation Littoral Est. En ligne : https://www.ville.quebec.qc.ca/apropos/planification-orientations/amenagement_urbain/grands_projets_urbains/zone-innovation-littoral-est/docs/projet-de-zone-d-innovation-littoral-est.pdf
  3. Ministère de l’économie et de l’innovation. 2020. Guide de présentation d’un projet de Zone d’innovation. En ligne : https://www.economie.gouv.qc.ca/fileadmin/contenu/documents_soutien/zones_innovation/guide_projet_zones_innovation.pdf
  4. Ibid.
  5. FM93. 2021. PRIMEUR | Une zone d’innovation dans l’est de Lévis ? En ligne : https://www.fm93.com/nouvelles/politique/379863/primeur-une-zone-d-innovation-dans-l-est-de-levis
  6. Ministère de l’économie et de l’innovation. 2020. Guide de présentation d’un projet de Zone d’innovation.
  7. Table citoyenne Littoral Est. En ligne: http://www.littoralcitoyen.org
  8. Table citoyenne Littoral Est. 2020. Plaidoyer pour Littoral Est écologique, social et économique. En ligne : https://e473d177- 9b3a-41c5-986d-def413ffe500.filesusr.com/ugd/822e28_f508861f51724376bb3186a5558bbc5a.pdf

15. Big data, capitalisme de surveillance et « siliconisation » du Québec

Discussion concernant la collecte massive du Big date, l’émergence du capitalisme de surveillance et la «siliconisation du Québec» avec Jonathan Durand Folco, professeur à l’École d’Innovation Sociale de l’Université Saint-Paul à Ottawa, suivie d’une présentation de Clément Frayssinous du collectif Québec en Décroissance concernant la place du mensonge dans les sociétés capitalistes.

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Laurentia sera carboneutre?

Vous avez bien lu: Laurentia sera carboneutre. Du moins, c’est ce qu’affirmait hier l’administration portuaire de Québec (APQ) à la suite du dépôt de ses nouveaux documents à l’agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC).

Mais il semble assez improbable, voire ridicule, de penser qu’un port, composante industrielle vouée aux échanges mondialisés d’un flux de marchandises, puisse être carboneutre. Comment, alors, l’APQ arrive-t-elle à affirmer une telle chose?

C’est en consultant « l’analyse de carboneutralité » déposée hier par le Port de Québec à l’AEIC qu’on saisit tout le niveau d’abstraction derrière cette affirmation.

D’abord, comment l’APQ explique-t-elle la « neutralisation » des émissions de GES occasionnées par l’ensemble du cycle de vie matériel des marchandises qui seront acheminées annuellement dans 700 000 conteneurs vers le terminal Laurentia?

Simple: elle n’en tient pas compte.

En fait, dans son analyse, le Port de Québec se concentre sur « les limites de propriété du nouveau terminal » et évacue, par le fait même, tous les impacts occasionnés par la raison d’être de Laurentia: un équipement industrialo-portuaire inscrit dans un système d’échange mondialisé. Ainsi, en faisant abstraction d’une de ses principales réalités – celle du cycle de vie énergivore et polluant des marchandises –, l’APQ fait miroiter un projet d’agrandissement portuaire d’une portée écologique aux apparences limitées.

Évidemment, le transport maritime international est aussi effacé de la zone concernée par les visées de « carboneutralité ». En ce sens, l’APQ limite les émissions considérées dans son analyse à celles qui surviennent « à l’intérieur de l’arrondissement de La Cite-Limoilou », comme si les écosystèmes planétaires affectés par l’activité portuaire de Laurentia se limitaient, eux aussi, à cette zone administrative. Les impacts associés aux échanges transcontinentaux tombent donc dans les limbes juridiques de la mondialisation.

Ensuite, comment l’APQ arrive-t-elle à « neutraliser » les GES qui seront engendrés par les centaines de camions et de trains qui circuleront quotidiennement dans les quartiers centraux de Québec?

D’abord, elle prétend que 90% des transports s’effectueront par trains et 10% par camions, ce qui, en soit, est une distorsion totale de la réalité des transports au Québec qui se rapproche davantage du 40% par trains et 60% par camions. Espérer une part ferroviaire de 90% relève donc d’un changement de paradigme total, ou d’un miracle. Dans les deux cas, ça ne relève pas du Port de Québec.

De plus, l’APQ promet « d’identifier des opportunités pour électrifier les flottes de transports ». Ce sont beaucoup de mots pour dire que l’administration portuaire n’a aucune autorité sur les compagnies de transports qui convergeront vers le terminal Laurentia.

Enfin, il faut comprendre que malgré toute cette gymnastique intellectuelle, le projet Laurentia occasionnera l’émission de plus de 350 000 tonnes éq. de CO2 d’ici 2036. Ces quelques 350 000 tonnes se retrouveront donc dans l’air déjà vicié des quartiers centraux de Québec et réchaufferont, par la suite, l’atmosphère terrestre. Mais l’APQ nous rassure : elle plantera quelques arbres pour compenser 50 000 tonnes de CO2 !

Figure 1. Émissions de GES pour les 12 premières années d’exploitation de Laurentia. Source: Port de Québec

Ainsi, après avoir soustraites ses principales sources d’émission de GES de l’équation, falsifié la réalité des transports du Québec, omis ce qu’elle ne contrôle pas, émis une quantité importante de GES dans l’air et planté quelques arbres pour compenser une infime part de ses activités, Laurentia sera carboneutre.

Hier, suite au dépôt des nouveaux documents à l’AEIC, l’arrogance du Port de Québec a atteint de nouveaux sommets. Et la contorsion de ses discours rappelle de plus en plus l’ironie orwellienne.

Le transport maritime sera bon pour les écosystèmes marins. L’activité industrielle sera bénéfique pour la qualité de l’air. Laurentia sera carboneutre.

Comme l’écrivait Orwell, « [l]a guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. »

Publication(s):
MonLimoilou
Presse-toi à gauche !
Le Soleil

12. Entreprise-monde, décroissance et communs


Discussion concernant l’hégémonie de l’entreprise-monde, les besoins de décroissance face à la finitude planétaire et l’organisation des communs, avec Yves-Marie Abraham du HEC Montréal et du groupe de recherche POLÉMOS, suivie d’une présentation de la notion de «zone à défendre» (ZAD) par Florian Burkhard du collectif Québec en décroissance.

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09. High-tech, low-tech et convivialité

Discussion concernant les technologies «high-tech», les techniques «low-tech» et la convivialité avec Max Pinsard, membre du Low-tech lab de Montréal, suivie d’une chronique d’Audrey Broggini du collectif Québec en Décroissance concernant nos relations au temps et aux dynamiques de partage.

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08. Salariat, volontariat et transition écologique


Discussion concernant le salariat, le volontariat et la transition écologique avec Laurent Métais, organisateur communautaire au Centre résidentiel et communautaire Jacques-Cartier et membre actif de La Patente, atelier coopératif, suivie d’un partage de Pierre-Luc Beaulieu du collectif Québec en Décroissance sur ses impressions face à la standardisation de la vie par les normes du système capitaliste.

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07. Déterritorialisation, agriculture paysanne et souveraineté alimentaire


Discussion concernant la déterritorialisation, l’agriculture paysanne et la souveraineté alimentaire avec Marie-Josée Renaud, coordonnatrice de l’Union paysanne, suivie d’une chronique traitant des potentiels nourriciers avec Florian Burkhard du collectif Québec en Décroissance.

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06. Mobilités, capitalisme et reterritorialisation

Présentation concernant l’histoire des mobilités de Québec suite à l’arrivée des colons, l’influence du capitalisme sur les mutations urbaines et la reterritorialisation des pratiques culturelles par Simon Parent, designer urbain, suivie d’une chronique traitant du cyclisme utilitaire à Québec par Michaël Gosselin.

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La CAQ, le G15+ et l’Alliance Arianne, ou comment condamner le territoire à une mort certaine

Récemment, on apprenait l’intention de la CAQ d’ouvrir « un vaste chantier afin de dépoussiérer la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme, qui n’a pas fait l’objet de refonte majeure depuis 1979. Les consultations menées au cours des prochains mois s’attarderont sur des sujets aussi divers que l’étalement urbain, la gestion des inondations, la protection du patrimoine, la préservation des terres agricoles et la fiscalité. L’exercice conduira à l’élaboration, dans un an, d’une Stratégie nationale d’urbanisme et d’aménagement des territoires.1 »

L’ouverture d’une réflexion territoriale est fondamentale et représente, en soi, une très bonne nouvelle. Il suffit de s’intéresser moindrement aux dynamiques territoriales historiques pour comprendre que l’expansion effrénée des établissements humains au courant des derniers siècles s’est produite au détriment des milieux forestiers et des terres agricoles qui assuraient respectivement un certain équilibre écosystémique et une souveraineté alimentaire aux populations locales.

Or, ce ravage perpétuel des milieux dits « naturels » et des terres fertiles au nom du développement immobilier et de la croissance nous lègue aujourd’hui une condition territoriale extrêmement fragilisée: les écosystèmes assurant le maintien de nos propres conditions d’existence se sont dangereusement dégradés et, d’un point de vue de l’approvisionnement alimentaire, nous produisons environ 30% des aliments que nous consommons, ce qui affaiblit grandement nos conditions de subsistance et nous rend vulnérables face à des bouleversements bio-climatiques et sociaux croissants (inondations, sécheresses, incendies, appauvrissement des sols, inégalités sociales, conflits géo-politiques, mutations des échanges, etc.).

Il est donc essentiel, en effet, d’interroger en profondeur nos rapports au territoire: comment établir une relation co-évolutive entre les milieux humanisés et les écosystèmes régionaux? Comment enraciner nos pratiques culturelles dans les réalités territoriales? Comment organiser la mobilité collective pour évacuer l’automobile de l’équation? Comment repenser notre alimentation afin qu’elle s’adapte aux réalités bio-régionales et qu’elle prenne en compte la régénération du vivant (dont l’enrichissement des sols)? Et comment interagir avec cette biodiversité afin d’en faire bénéficier les communautés biotiques?

Une première étape essentielle est d’abord de reconnaitre le caractère destructeur de nos activités quotidiennes, industrialisées et complètement déterritorialisées; en faire le deuil. À ce sujet, un rapport britannique récent rappelait que « si l’humanité a immensément prospéré ces dernières décennies, la manière dont nous avons atteint cette prospérité fait qu’elle a été acquise à un coût dévastateur pour la nature.2 » Et Philippe-Daniel Deshaies illustre assez bien, dans ses propos, le gouffre qui sépare nos activités quotidiennes, distraites et oisives, d’une relation de conscience territoriale, active et participante.3 Il est donc primordial d’accepter que notre confort matériel et nos existences consuméristes soient rendus possibles uniquement grâce à la destruction effrénée du monde.

Ensuite, si l’on veut réellement comprendre ce que signifie l’annonce de ce « vaste chantier » pour le territoire du Québec, il semble important de porter un regard attentif sur les organisations invitées par la CAQ, parmi lesquelles siègent le G15+ et l’Alliance Ariane; des groupes qui se présentent comme « leaders » et grands sauveurs.

En fait, la co-présence du Conseil du patronat du Québec, de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), de grands assureurs, de banquiers, de regroupements de promoteurs, de groupes soi-disant « environnementaux » comme Vivre en Ville ou le Conseil régional de l’environnement – région de la Capitale-Nationale, et d’une organisation syndicale comme L’Union des producteurs agricoles – UPA reflète parfaitement les dynamiques territoriales qu’on tente d’implanter ou, dans certains cas, de sauvegarder: la croissance continue des milieux urbanisés, la préservation des existences urbaines et consuméristes, la gentrification perpétuelle des centres urbains (basée sur la hausse du capital foncier), le renforcement des inégalités sociales (l’accessibilité toujours plus difficile pour les populations vulnérables au logement), le maintient de l’emprise des entreprises privées sur le développement territorial, l’affaiblissement des perspectives agricoles ou horticoles paysannes (sous l’emprise monopolistique de l’UPA) et la « relance » économique pour une exploitation continue du monde.

« Béatrice Alain, [directrice du Chantier de l’économie sociale], croit pour sa part que la participation d’organisations comme la Fédération des chambres de commerce et le Conseil du patronat aux côtés de groupes écologistes et sociaux démontre une volonté commune d’améliorer l’aménagement des territoires.4 »

Évidemment, lorsqu’on est en accord avec les prémisses d’une démarche, ou qu’on y trouve son compte en obtenant les grâces des dominants, on finit par se taire, accepter l’inacceptable et trouver des solutions « gagnant-gagnant »5 ; une posture médiocre qui oblige les compromis, et les sacrifices.

Et les plus grands absents, ou disons les « sacrifiés », dans ce type de démarche « top-down » de planification territoriale sont, comme toujours, les populations vulnérables et, plus largement, les communautés du vivant.

En ce sens, la seule chose de « verte » qui puisse aujourd’hui être planifiée de manière à réellement renforcer la biodiversité à l’échelle territoriale tout en adressant sérieusement les enjeux bio-climatiques du XXIe siècle est un retrait des milieux humanisés, une régénération massive des écosystèmes, une baisse drastique des niveaux de confort de la « classe moyenne » et des plus privilégié-es, un questionnement profond sur l’usage des énergies en général (une décroissance), une réflexion holistique cherchant à extraire les énergies fossiles de l’architecture et une reterritorialisation des pratiques culturelles.

Et pour ça, il faut avoir la force d’accepter, collectivement, que les promoteurs ne feront plus de profits sur les sols, que les banquiers ne dicteront plus nos échanges, que nos existences consuméristes rendues possibles grâce aux énergies fossiles ne pourront plus être maintenues, que la consommation d’externalités ne pourra plus être au centre des milieux humanisés, que les cultures locales devront s’adapter en fonction des réalités bio-physiques spécifiques au lieu, que les aliments proviennent des sols, que la Terre a des cycles, que les communautés du vivant doivent être respectées, que nous sommes tributaires de la santé des écosystèmes et que les sols n’appartiennent à personnes.

Des collaborations comme celle que nous annonce la CAQ sont tout simplement pathétiques; on nous annonce, en somme, le maintien des activités humaines qui perpétuent la destruction du monde et la croissance des inégalités sociales. Ce « growth coalition » exacerbe les problèmes civilisationnels et nous conduit tout droit vers la catastrophe.

Mais où sont les véritables écologistes !?

  1. Le Devoir, 08 février 2021. Québec veut faire le ménage dans les règles d’urbanisme. En ligne:
    https://www.ledevoir.com/societe/transports-urbanisme/594786/quebec-veut-faire-le-menage-dans-les-regles-d-urbanisme?utm_medium=Social&utm_campaign=Autopost&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR0JKSC2dz_3svKdFirBtczgfWvGh2C__tD7LQhqg8b-6dBB6yn-MUTebE4#Echobox=1612761494
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  2. Le Monde, 02 février 2021. La croissance à un coût dévastateur pour la nature selon un rapport britannique. En ligne:
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/02/02/la-croissance-a-un-cout-devastateur-pour-la-nature-selon-un-rapport-britannique_6068463_3244.html?fbclid=IwAR39JnPc8FFX8EmNBYSdbAcpTayxZcCq-R0BxUw1eItTPsYftx2waKGPVlU
    1
  3. Philippe-Daniel Deshaies. 02 février 2021. Civilisation, résilience et territorialité. En ligne:
    https://simonparent.com/2021/02/02/05-civilisation-resilience-et-territorialite/
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  4. Le Devoir, 08 février 2021. Québec veut faire le ménage dans les règles d’urbanisme.
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  5. Le 3 mars 2021, Vivre en Ville tiendra un événement intitulé « Densificiation Gagnant-gagnant. Comment faire? » Ou comment annoncer une posture médiocre caractérisée par le compromis? En ligne: https://www.facebook.com/events/703254083669846/