quand les organismes «environnementaux» se prostituent

Il est assez ironique d’apprendre que l’Association forestière des deux rives (AF2R), un organisme «environnemental» visant «le maintien de la biodiversité et le bien-être de nos collectivités» et ayant comme mission de «reverdir les collectivités POUR et PAR la communauté», travaille présentement en collaboration avec le Port de Québec.

En effet, l’organisme accompagne l’APQ dans la réalisation de son «parc urbain» qui a comme principaux objectifs d’assurer l’écoblanchiment de l’agrandissement portuaire Laurentia et «d’apaiser le vent de panique» des citoyen-nes, comme le soulignait avec arrogance Mario Girard, président-directeur général du port.

Malgré un rapport accablant de l’AEIC, la mobilisation croissante des communautés locales contre les activités de l’APQ et le caractère totalement anti-écologique d’un port (composante vouée aux transports internationaux de marchandises), l’AF2R a tout de même décidé de servir les intérêts du Port de Québec.

En fait, non seulement cet organisme «environnemental» sans but lucratif n’est pas un allié de la communauté locale qui se mobilise bénévolement pour préserver «l’environnement» (n’est-ce pas justement le rôle de ce groupe!?), mais il se met à genoux devant les promoteurs du Port en échange d’une possibilité de planter quelques arbres.

Ainsi, en travaillant avec le Port, l’AF2R cautionne, par le fait même, ses activités nocives, nuit à l’effort de mobilisation citoyenne et s’oppose à la lutte «environnementale» qui vise plus largement à réduire la pression des mécanismes de la mondialisation sur les écosystèmes planétaires.

En échange de quelques dollars, le Port achète le silence des organismes pouvant potentiellement s’opposer à ses pratiques écocidaires. Et les organismes, à la vue des billets verts, se mettent à danser.

Plus largement, on peut donc s’interroger sur ce qui animent quotidiennement les groupes du centre culture et environnement Frédéric Back.

Où est ce fameux centre lorsque vient le temps de dénoncer publiquement les erreurs du tramway, la déforestation dans Chaudière, le ravage du boisé Neilson, les massacres dans Charlesbourg, l’urbanisation infinie du territoire, la gentrification des quartiers centraux, les inégalités sociales qui ne cessent de croitre?

Où est ce fameux centre dans la lutte contre Laurentia? Dans la lutte contre les «zones d’innovation»? Dans la lutte contre les pratiques nocives de la Ville de Québec qui tendent à affaiblir l’organisation communautaire? On ne le voit pas souvent dans les rencontres de la table citoyenne qui se font pratiquement chaque semaine. Pourtant, ce sont des groupes salariés, pas nous.

Mais ils ne sont pas là. Ils sont nul part.

En fait, les organismes du centre sont trop occupés à collaborer avec celles et ceux qui sont responsables de tous les ravages: le Port de Québec, la Ville de Québec, le gouvernement caquiste, les promoteurs, les groupes d’assurances, les patrons, l’UPA, les entreprises privées… Parce qu’après tout, il faut bien gagner son pain, comme on dit. Et surtout, ne pas mordre la main qui nous nourrit.

Et après, lorsqu’on les dénonce, ces groupes nous demande «pourquoi s’attaquer entre nous»?

En réponse à cette question, pourquoi on «s’attaque entre nous», c’est parce qu’en fait, ils ne sont pas «nous». Ils défendent la croissance, le développement, les industries, le profit, le capital, les massacres. Ils ne sont pas du côté des communautés vulnérables, ni de la régénération. Ils «jouent le jeu», ils tètent les subventions et ils ne sont absolument rien d’écologique. Au contraire, en se positionnant comme étant les seuls groupes «légitimes» pour défendre la cause «environnementale», ils nuisent profondément à la cause environnementale; celle qui est tannée de leurs compromis à la con.

Tannée de leur connerie, tannée de leurs postures médiocres, tannée de leur compromis. Démantelons ces groupes.


Un tramway nommé capitalisme

Le 2 août dernier, une lettre, intitulée « Tramway de Québec, un dernier effort collectif » et co-signée par Vivre en Ville, le Conseil régional de l’environnement – Capitale-Nationale, Accès transports viables, l’Université Laval, des banques, des promoteurs, des compagnies d’assurance et… Michel Dallaire (le même Michel Dallaire qui, dans un délire mégalomane, cherche à nous imposer le Phare de Québec, à ériger des condos sur les terres fertiles des Sœurs de la Charité et à détruire la forêt dans le secteur Chaudière), tentait d’interpeler François Legault pour stimuler l’implantation du Réseau structurant de transport en commun (RSTC). Dans un rare moment de translucidité, on devinait parfaitement les dynamiques mafieuses qui organisent le développement urbain à Québec.

Rappelons alors qu’au cœur de ce spectacle spéculatif d’une médiocrité sans précédent alliant OSBL, institutions publiques, banquiers et promoteurs privés, se trouve l’administration publique qui, par l’entremise de son projet de transport collectif, « structure » la hausse des revenus fonciers et achète, en s’affiliant à ses partenaires de diverses manières, leur docilité et surtout, leur silence. Comme une ventriloque expérimentée, la Ville de Québec fait parler ses marionnettes en faveur de ses projets, tolère quelques écarts idéologiques contrôlés et reste dans l’ombre des projecteurs.

Pour reprendre les termes d’une amie, ce « growth coalition » s’organise de manière à nous faire avaler un seul et même programme politique : celui de la croissance urbaine à tout prix. Dans sa forme actuelle, le tramway de Québec n’est rien d’autre qu’un outil de spéculation foncière voué à la destruction des milieux naturels, la gentrification des quartiers densément peuplés et l’urbanisation perpétuelle du territoire au profit du développement privé ; un outil, subventionné par des fonds publics, voué au capitalisme sauvage du XXIe siècle.

Jusqu’à présent, on préfère enfouir l’infrastructure publique pour ne pas nuire aux déplacements de la voiture, maîtresse indétrônable du territoire municipal ; on favorise la destruction des boisés et des milieux humides dans le secteur Chaudière au détriment de la consolidation des secteurs industriels préexistants comme Saint-Malo ou Littoral Est ; on limite le déploiement du réseau dans les quartiers de la basse-ville au profit de la haute-ville ; on prévoit raser 1701 arbres matures le long du tracé pour ne pas nuire à la circulation automobile ; on ne détaille aucune politique cohérente assurant l’intégration de logements abordables ou le renforcement des écosystèmes et on se contente d’offrir des autobus aux banlieusards constituant 80 % de la population de Québec, comme si cela allait avoir une incidence quelconque sur leurs habitudes quotidiennes.

En somme, cautionner un tel projet en acceptant ses paramètres et en cherchant à ce « qu’il se réalise sans tarder » revient à perpétuer les pratiques du capitalisme écocide avec lesquelles nous devons impérativement rompre en cette époque d’Anthropocène. Dans le contexte de la crise écologique actuelle, un réseau de transport collectif devrait avoir comme principaux objectifs de favoriser la régénération des écosystèmes en planifiant la décroissance, le retrait et la reterritorialisation des milieux humanisés. À cet effet, la croissance urbaine, comme toutes formes de croissances liées au Capital, est une idée révolue.

Vivemement la radicalisation de la pensée écologique à Québec.