le tramway, la consommation et la reproduction de la mort

En lisant ces quelques «résident-es» de Québec, on saisit mieux le niveau d’abstraction qu’occasionne l’implantation du tramway face aux mutations qui s’opèrent au sein des dynamiques urbaines de Québec. Comme à la vue d’un objet qui brille au soleil, on semble aveuglé par le scintillement et incapable de saisir la forme même de l’objet.

En fait, à la lecture de ce plaidoyer «pour le tramway sur la 3e avenue», on devine que les «résident-es» en question sont complètement obnibulé-es par les promesses de l’équipement de transport qu’est un tramway et oublient à peu près tout ce dont il est question : l’implantation d’un système de mise en relation des composantes urbaines et des pratiques sociales.

Notons toutefois que cette abstraction teinte le débat public depuis les premières germes du projet, mais tant et aussi longtemps que le tramway n’est pas construit, il semble essentiel de le remettre en question.

D’abord, et il faut le donner à ce groupe, le tramway est effectivement une occasion de revoir l’organisation des déplacements en ville de manière à miser davantage sur la mobilité active et collective. On peut donc y voir du positif. Or, pour réellement influencer les modes de transports, il faudra accepter de retirer des espaces à l’automobile. Il reviendra alors aux automates de la Ville de Québec et aux Marc Des Rivières de ce monde de retirer quelques mètres carrés de bitume de la voie publique, ce qui semble être, pour l’instant, une tâche impossible pour des ingénieurs bien formatés. Et à ce moment, les technocrates opteront probablement pour l’installation de nouvelles surfaces de bitume bien lisses faisant office de trottoir, ou de «rue conviviale».

Évidemment, il n’y aura rien pour laisser respirer les sols qui étouffent. Mais ça, les «résident-es» n’en parlent même pas. Ça n’existe pas. Le sol est un plateau. Nous y reviendrons.

Voilà, la question des transports est réglée. Tout comme le côté «positif» de l’implantation du tramway. Quelques personnes de plus prendront le transport collectif, plusieurs y accéderont par la marche et le vélo et peut-être que quelques voitures en moins circuleront dans les quartiers centraux. Mais pour arriver un tel objectif, il faudra que les règlements d’urbanisme changent miraculeusement afin que les nouvelles constructions cessent d’intégrer systématiquement des cases de stationnement ; une autre question évacuée par nos «résident-es»…

Ensuite, et c’est là que l’abstraction se devine, il semble essentiel d’interroger le contexte dans lequel s’implante une ossature de mobilité collective et de voir comment adresser, par l’entremise d’un tel équipement public, certains enjeux de notre époque.

À ce sujet, deux éléments semblent incontournables: l’effondrement des écosystèmes planétaires et la crise du logement qui sévit violemment dans les centres urbains au grand détriment des populations vulnérables et marginalisées.

Mais ni l’un ni l’autre n’est abordé par ce groupe de «résident-es», et ce, même si le tramway est une occasion réelle de revoir en profondeur les dynamiques urbaines, les pratiques sociales, ce que nous souhaitons mettre collectivement en relation et, plus largement, la manière dont nous désirons interagir avec le monde. Alors que révèle réellement cette demande des «résident-es» pour le passage d’un tramway sur la 3e avenue – plutôt que sur la 4e avenue ?

En fait, à la lecture du plaidoyer, ce qui ressort comme élément premier est la question des opportunités commerciales.

Le tramway, en mettant en relation les différentes artères commerciales de la ville, renforcera ses dynamiques consuméristes et facilitera l’accès à des lieux de consommation pour les habitant-es de Québec: plus de temps passé dans les restaurants, les lieux de divertissement et les boutiques permettant d’acheter toute sorte de produits importés. Vive la consommation !

Il faut dire, toutefois, que cette logique consumériste n’est pas étrangère à la ville. Au contraire, elle est intimement liée à ses origines et à son évolution.

Ainsi, comme l’expliquait l’historien Lewis Mumford dans son ouvrage colossal «La Cité à travers l’histoire», la cité, étant repliée sur elle-même, est complètement vulnérable et dépendante aux externalités, à ce qui lui vient de l’extérieur. Elle vampirise son «environnement». La ville, sans consommation, n’existe pas. La ville, sans sols fertiles, n’existe pas.

Et c’est en entretenant cette relation parasitaire au monde que la ville le détruit. C’est d’autant plus vrai à une époque où plus de 50% des populations mondiales habitent en ville et plus de 90% des canadien-nes résident soit en ville, soit en banlieue ; deux milieux dont l’existence repose fondamentalement sur la consommation d’externalités.

Il semble alors que c’est précisément cette question qui devrait être abordée au moment où, simultanément, se déploie une infrastructure capable de réorganiser les pratiques sociales, s’effondrent les écosystèmes planétaires et disparaissent à vue d’œil l’ensemble des communautés biotiques : comment réintégrer la vie dans les milieux humanisés (par «vie», on entend tout ce qui relève du non-humain) ? Comment renouer avec le sol de manière à le renforcer, à la régénérer ? Comment renverser la relation parasitaire qu’entretiennent les milieux humanisés avec le monde pour qu’enfin, il y ait mutualisme et que cette relation ne soit plus au seul profit de l’être humain (par l’humain, pour l’humain, au détriment de tout le reste) ?

Voilà des questions que nous devrions soulever dans le contexte de l’implantation d’une infrastructure de transport collectif permettant l’organisation des déplacements d’une population sur un territoire; que mettre en relation ?

Or, à la lecture de ce plaidoyer, on devine que le tramway de Québec ne sera rien d’autre qu’un outil voué au renforcement des dynamiques consuméristes en milieu urbain.

Aussi, puisque la question du logement social brille par son absence dans les discours «pro-tramway», on devine que les rôles premiers de l’infrastructure collective seront de stimuler la spéculation, faire croître la valeur foncière du «parc immobilier», urbaniser plus de sols et consolider les milieux de vie reposant sur la consommation de masse et le divertissement.

Ainsi, une fois l’infrastructure collective implantée, les propriétaires s’enrichiront, les architectes se prostitueront, les taxes foncières de la ville augmenteront, les industries de haute-technologies s’implanteront (aux extrémités du tramway), les citadins consommeront, les quartiers centraux se gentrifieront, les populations vulnérables se marginaliseront, les sols se raréfieront, les communautés biotiques disparaitront et les écosystèmes planétaires s’effondreront. Alouette !

Et nous nous déplacerons en tramway.

Il semble plus que temps que cesse ce cirque reproduisant sans cesse une économie croissanciste vouée à la mort. Plutôt que de tuer les communautés du vivants, tuons cette existence urbaine distraite et oisive, reposant sur les dynamiques de la consommation de masse. Et réimaginons un éventail de relations bénéfiques entre l’humain et les communautés biotiques.

C’est l’essence même de la ville qu’il nous faut interroger: les forces capitalistes qu’elle matérialise, les relations sociales qu’elle tend à reproduire, les existences distraites et oisives qu’elle conditionne, l’aliénation et le niveau de distraction qu’elle induit, les rapports de domination qu’elle entretient avec les communautés du non-humain, les modèles agricoles insoutenables qu’elles obligent, la condition artificielle des sols qu’elle lègue aux suivant-es, le contrôle qu’elle exerce sur la vie…

Que meure la ville, pour qu’enfin émerge la vie !

quand les organismes «environnementaux» se prostituent

Il est assez ironique d’apprendre que l’Association forestière des deux rives (AF2R), un organisme «environnemental» visant «le maintien de la biodiversité et le bien-être de nos collectivités» et ayant comme mission de «reverdir les collectivités POUR et PAR la communauté», travaille présentement en collaboration avec le Port de Québec.

En effet, l’organisme accompagne l’APQ dans la réalisation de son «parc urbain» qui a comme principaux objectifs d’assurer l’écoblanchiment de l’agrandissement portuaire Laurentia et «d’apaiser le vent de panique» des citoyen-nes, comme le soulignait avec arrogance Mario Girard, président-directeur général du port.

Malgré un rapport accablant de l’AEIC, la mobilisation croissante des communautés locales contre les activités de l’APQ et le caractère totalement anti-écologique d’un port (composante vouée aux transports internationaux de marchandises), l’AF2R a tout de même décidé de servir les intérêts du Port de Québec.

En fait, non seulement cet organisme «environnemental» sans but lucratif n’est pas un allié de la communauté locale qui se mobilise bénévolement pour préserver «l’environnement» (n’est-ce pas justement le rôle de ce groupe!?), mais il se met à genoux devant les promoteurs du Port en échange d’une possibilité de planter quelques arbres.

Ainsi, en travaillant avec le Port, l’AF2R cautionne, par le fait même, ses activités nocives, nuit à l’effort de mobilisation citoyenne et s’oppose à la lutte «environnementale» qui vise plus largement à réduire la pression des mécanismes de la mondialisation sur les écosystèmes planétaires.

En échange de quelques dollars, le Port achète le silence des organismes pouvant potentiellement s’opposer à ses pratiques écocidaires. Et les organismes, à la vue des billets verts, se mettent à danser.

Plus largement, on peut donc s’interroger sur ce qui animent quotidiennement les groupes du centre culture et environnement Frédéric Back.

Où est ce fameux centre lorsque vient le temps de dénoncer publiquement les erreurs du tramway, la déforestation dans Chaudière, le ravage du boisé Neilson, les massacres dans Charlesbourg, l’urbanisation infinie du territoire, la gentrification des quartiers centraux, les inégalités sociales qui ne cessent de croitre?

Où est ce fameux centre dans la lutte contre Laurentia? Dans la lutte contre les «zones d’innovation»? Dans la lutte contre les pratiques nocives de la Ville de Québec qui tendent à affaiblir l’organisation communautaire? On ne le voit pas souvent dans les rencontres de la table citoyenne qui se font pratiquement chaque semaine. Pourtant, ce sont des groupes salariés, pas nous.

Mais ils ne sont pas là. Ils sont nul part.

En fait, les organismes du centre sont trop occupés à collaborer avec celles et ceux qui sont responsables de tous les ravages: le Port de Québec, la Ville de Québec, le gouvernement caquiste, les promoteurs, les groupes d’assurances, les patrons, l’UPA, les entreprises privées… Parce qu’après tout, il faut bien gagner son pain, comme on dit. Et surtout, ne pas mordre la main qui nous nourrit.

Et après, lorsqu’on les dénonce, ces groupes nous demande «pourquoi s’attaquer entre nous»?

En réponse à cette question, pourquoi on «s’attaque entre nous», c’est parce qu’en fait, ils ne sont pas «nous». Ils défendent la croissance, le développement, les industries, le profit, le capital, les massacres. Ils ne sont pas du côté des communautés vulnérables, ni de la régénération. Ils «jouent le jeu», ils tètent les subventions et ils ne sont absolument rien d’écologique. Au contraire, en se positionnant comme étant les seuls groupes «légitimes» pour défendre la cause «environnementale», ils nuisent profondément à la cause environnementale; celle qui est tannée de leurs compromis à la con.

Tannée de leur connerie, tannée de leurs postures médiocres, tannée de leur compromis. Démantelons ces groupes.


16. Permaculture, aggradation et participation

Discussion concernant la permaculture, l’aggradation des sols et la participation écosystémique avec Raph Mouth, fondateur de Conception Perma-Nourricière, suivie d’une lecture de Roxy Russel du collectif Québec en Décroissance concernant l’extension du « care » au non-humain.

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10. Agrandissement portuaire, zone d’innovation et lutte citoyenne


Discussion concernant l’expansion du Port de Québec, la Zone d’innovation Littoral Est et la lutte Pour un littoral citoyen avec Marie-Hélène Deshaies, co-fondatrice de la Table citoyenne Littoral Est, suivie d’une chronique traitant des politiques municipales de participation publique par Clément Frayssinous du collectif Québec en Décroissance.

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Le temps est écoulé, Laurentia doit couler

L’analyse du projet d’agrandissement portuaire de Québec par l’agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC) est en cours depuis 5 ans. Lors des consultations publiques, de novembre à décembre 2020, près de 700 commentaires ont été déposés à l’AEIC par des organismes et citoyen.ne.s. À la suite de cette étape cruciale, l’Administration portuaire de Québec (APQ), promoteur du projet faisant l’objet de l’évaluation, a demandé à l’agence fédérale de reporter le dépôt de son rapport final. Le 8 janvier 2021, cette demande d’extension était accordée par l’AEIC. Nous, membres de la table citoyenne Littoral Est, voyons dans cette décision une entorse importante au processus démocratique et croyons que le manque de temps exprimé par l’APQ n’est rien d’autre que le fruit de sa propre négligence.

Huit ans. C’est le nombre d’années qui séparent le premier recours collectif de l’initiative citoyenne de vigilance du Port de Québec de la production du rapport provisoire concernant le projet Laurentia par l’AEIC.

Huit ans. C’est le temps qu’a eu l’administration portuaire de Québec (APQ) pour améliorer ses
installations suite aux mobilisations citoyennes dans Limoilou, exaspérées par la poussière rouge polluant l’air des quartiers centraux.

Huit ans. C’est la période qu’avait l’APQ pour démontrer aux citoyen.ne.s qu’elle était sensible aux enjeux relatifs à la santé publique et à la qualité de l’environnement.

Huit ans. C’est presque une décennie consacré par l’APQ au mépris des citoyen.ne.s, à la pollution des quartiers densément peuplés et au financement d’une propagande dédiée à l’expansion des activités cancérigènes du Port de Québec : Beauport 2020 et aujourd’hui Laurentia.

Après huit ans d’insouciance, c’est le 23 décembre, l’avant-veille de Noël, à l’aube des élections fédérales et quelques semaines avant la publication du rapport final de l’AIEC que l’APQ demande à l’agence fédérale de reporter le dépôt de son évaluation d’impact sous prétexte que « l’échéancier actuel ne lui permettra pas d’inclure toutes les informations ». Autrement dit, l’APQ prétend avoir manqué de temps.

Mais où était l’APQ pendant toutes ces années? Elle savait que ses activités soulevaient la grogne populaire et qu’elles exerçaient une pression sur la santé publique et l’environnement. Elle avait tout le temps nécessaire pour produire des études environnementales, faire des démonstrations sérieuses et améliorer ses installations. Pourtant, elle a choisi de se mettre la tête dans le sable et d’enfoncer son agrandissement portuaire dans la gorge des citoyen.ne.s à grands coups de propagande mensongère, de partenariats douteux et de lobbyisme. Maintenant, à la dernière seconde, elle demande un délai supplémentaire parce qu’il lui manque du temps!?

Enfin, les huit années passées auront suffi pour comprendre que toute activité supplémentaire de l’APQ à Québec sera une nuisance pour les habitant.e.s et l’écologie. Et son projet, comme ses démarches, n’a rien d’acceptable. La demande de prolongement ne visent désormais qu’à faire de Laurentia un enjeu électoral qui divisera les conservateurs, le Bloc québécois, le NPD et les libéraux. Mais venons-en à l’évidence : Laurentia tombe à l’eau. Et, comble de l’ironie, ce ne sont pas les citoyen.ne.s qui en auront eu raison, mais bien le mépris pathologique de l’APQ pour les réalités du monde que sont les habitant.e.s du territoire, leur santé et celle des écosystèmes.

Huit ans. Le temps est maintenant écoulé. Laurentia doit couler.

– Table citoyenne Littoral Est

Publication(s):
MonQuartier
Presse-toi à gauche !

Laurentia, ou comment exacerber l’écocide planétaire au détriment de la vie, de la stabilité des établissements humains et des générations futures

Mémoire présenté dans le cadre de la consultation de l’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC) portant sur le projet Laurentia : Quai en eau profonde dans le port de Québec – secteur Beauport.

Depuis plusieurs décennies, l’Administration portuaire de Québec (APQ) propose, sous différentes formes, une expansion de ses activités afin de faire croître les flux d’échanges mondialisés qui traversent le territoire de Québec. Cette volonté d’expansion, d’abord héritée de l’impérialisme européen, puis renforcée au courant du XXe siècle par des accords internationaux de libre-échange, s’est manifestée récemment à travers divers projets; passant par le remblai des battures de Beauport qui relient le Vieux-Québec aux chutes Montmorency (1970), puis par Beauport 2020 , elle apparaît désormais sous le projet faisant l’objet de cette évaluation d’impact: Laurentia.

Comme l’a bien démontré l’AEIC dans son rapport provisoire, les dommages que causera le projet d’agrandissement portuaire sur la qualité des écosystèmes et la santé humaine sont nombreux et difficiles à nier. En effet, l’expansion du port constitue une menace pour la qualité de l’air —déjà polluée— , les espèces habitant le fleuve Saint-Laurent et ses berges —déjà menacées—, les populations locales résidant dans les quartiers centraux —déjà impactées— et, plus largement, les écosystèmes terrestres et marins. Mais avant de porter un regard sur les conséquences de ce projet futur, il est essentiel d’observer ce qu’impliquent, pour le territoire, les pratiques culturelles et l’écologie, l’activité portuaire dans sa forme actuelle.

Une activité vouée à la destruction

Le Port de Québec est la manifestation physique, sur le territoire de Québec, d’un système d’échange mondialisé. Il constitue une porte d’entrée —et de sortie— pour un flux de marchandises, de matières et de produits circulant à travers un système complexe qui traverse les océans et s’étend sur divers continents; un maillon dans la chaîne d’approvisionnement mondiale permettant aux sociétés occidentales d’échanger pour satisfaire leurs appétits consuméristes insatiables.

Depuis la colonisation du Québec, le port permet un transfert de matières et de voyageurs entre les différents régimes, Français et Anglais, et leurs colonies. Sur plusieurs siècles, les échanges se sont intensifiés, s’adaptant aux nouvelles réalités géopolitiques et historiques, aux ambitions belliqueuses et à la volonté des différentes puissances mondiales d’étendre leur emprise sur les ressources. C’est toutefois au courant du XXe siècle que la relocalisation massive des lieux de production sur des territoires internationaux, en adéquation avec l’émergence des avancées relatives à la technique et à la science moderne, a facilité, pour les pays riches et dominants, l’implantation d’un système d’échange globalisé reposant, plus que jamais, sur l’exploitation et la destruction du monde; une mutation des échanges mondiaux rendue possible par l’externalisation des coûts environnementaux et sociaux associés aux cycles de vie des matériaux.

En effet, la transposition des processus d’extraction, de production et de transformation sur des territoires étrangers où l’esclavage et le ravage des milieux naturels sont tolérés par le laxisme des cadres législatifs a permis aux entreprises privées de réduire massivement leurs coûts de production, d’augmenter leur volume de ventes et de se déresponsabiliser de leurs actes1. Aux yeux de l’Occidental moyen, cette infrastructure tentaculaire, composée d’un réseau de voies maritimes, terrestres, ferroviaires et aériennes globalement étendues et interconnectées, a rendu invisible l’hécatombe des territoires et des sociétés qui se trouvent à la base du processus de fabrication d’un produit. Par la soustraction —l’éloignement— de ces réalités biophysiques, ce système apparaît comme un réel tour de force pour un capitalisme sauvage reposant sur une croissance infinie des produits extraits, transformés, transportés, vendus et consommés. Bref, il permet à l’industrie d’exploiter pour un maximum de profits tout en évacuant les conséquences sociales et écologiques liées à sa production.

Et c’est précisément sous ce voile économique, aveugle aux réalités du monde, qu’apparaît le projet Laurentia: on promet 7000 emplois pendant la construction2, 1000 pour l’opération du projet, des retombées de 775 M$, 700 000 conteneurs par année et un partenariat de 60 ans avec Hutchison Ports, un conglomérat chinois opérant dans les paradis fiscaux (Cayman Islande et Virgin Islandes). On fait miroiter des chiffres abstraits pour dissimuler les vies réelles qui seront sacrifiées. Mais que valent la qualité de vie des communautés et l’intégrité des écosystèmes qui seront ravagés annuellement pour remplir ces 700 000 conteneurs? Quel sera le montant à payer pour restaurer les écosystèmes marins suite au passage de ces flux de bateau? Combien devrons-nous débourser collectivement pour compenser la dégradation de la santé publique qu’occasionnera un achalandage quotidien accru de trains et de camions? Et que vaudrait la mise en place d’un écosystème vivant, complexe et complet à l’emplacement actuel du Port de Québec? Ce sont là des chiffres essentiels à intégrer dans l’équation simpliste de l’APQ. Et ceux-ci seront définitivement perdus si Laurentia voit le jour.

Comme la qualifiait l’historien Lewis Mumford, cette «mégamachine» qui associe intérêts géopolitiques, sciences, forces économiques et innovations techniques a occasionné une activité humaine déterritorialisée faisant abstraction des réalités du monde que sont la fragilité du vivant, la finitude des ressources planétaires et l’interdépendance des écosystèmes mondiaux. Et l’accumulation de cette activité économique violente, qui considère Gaïa comme une simple banque de ressources vouées à la satisfaction des besoins de l’humanité —et le fleuve Saint-Laurent, pour reprendre le mot de l’APQ, comme une simple «autoroute»—, expose aujourd’hui l’humanité à des crises sans précédent : la 6e extinction de masse3 et l’émergence d’une nouvelle réalité biophysique planétaire, l’Anthropocène4.

Ces réalités récentes bouleversent nos rapports au monde et fragilisent les établissements humains. Elles obligent une introspection profonde ainsi qu’un nouveau regard sur les infrastructures anthropiques. D’une activité humaine déterritorialisée et destructrice, nous devons planifier l’organisation d’une activité basée sur le soin , le respect et la régénération du vivant. Dès lors, nous pouvons regarder le Port de Québec pour ce qu’il est réellement, mais surtout pour ce qu’il met en relation et ce qu’il engendre: exploitation et destruction. Il est alors impératif, en cette grande époque d’instabilité, de remettre en cause l’existence même de ce type d’organisation écocidaire.

La basse-ville fragile

Sans l’ombre d’un doute, l’instabilité des écosystèmes présente des risques importants pour les établissements humains. Ainsi, maintenir les activités portuaires de Québec, tel qu’elles s’opèrent à ce jour, revient à maintenir une part des activités anthropiques étant responsables de l’instabilité qui se manifeste à travers de nombreux phénomènes planétaires: perte de biodiversité, hausse des émissions de GES, réchauffement climatique, multiplication des feux de forêt et des canicules, acidification des océans, appauvrissement généralisé des sols, épuisement des ressources non renouvelables, fonte des glaciers, montée du niveau de la mer, etc.

Pour ne prendre que cet exemple, le cas de la montée des eaux, accéléré par le réchauffement planétaire, illustre assez bien la vulnérabilité des établissements humains dans ce contexte de mutations. À Québec, ce phénomène est particulièrement préoccupant puisque des établissements humains densément peuplés sont érigés en bordure du fleuve et les terrains qu’occupe le Port comptent parmi la ligne de front du territoire étant exposé aux humeurs du Saint-Laurent.

Notons alors que les berges jouent un rôle essentiel pour la protection des établissements humains contre l’érosion et les inondations. Nombreuses sont les villes qui, pour renforcer leur résilience face à la montée des eaux, multiplient le couvert végétal, font croître les superficies d’espaces verts et augmentent la quantité d’arbres plantés en bordure de l’eau. De telles interventions, en plus d’offrir des espaces publics de qualité exceptionnelle aux citoyen.nes et des habitats prospères à la biodiversité, jouent un rôle clef dans la protection des territoires humanisés: les sols végétalisés, telle une éponge, absorbent l’eau et limitent les débordements; les systèmes racinaires, pour leur part, constituent une importante protection contre l’érosion des berges; la présence de biodiversité renforce les écosystèmes et contribue, plus largement, à la lutte contre le réchauffement planétaire.

En somme, il est vital pour la protection des secteurs habités de Québec que les activités portuaires —ainsi que tout le système mondial qu’elles supportent— tendent à être démantelées et que les berges soient naturalisées. Il serait absolument irresponsable de la part de l’administration portuaire de poursuivre ou d’agrandir ses activités dans un lieu qui, inscrit dans la continuité écologique du Domaine de Maizerets et de la baie de Beauport, constitue une ligne de front pour la protection du territoire humanisé. Un simple coup d’œil aux projections concernant la montée des eaux dans le secteur concerné par le projet permet de voir à quel point une telle décision serait impardonnable (figure 1).

En fait, la seule perspective qui devrait être acceptable aux yeux des instances gouvernementales est la croissance des espaces dédiés aux parcs et, plus précisément, à la biodiversité. Pour les générations futures et le vivant, il s’agit de la seule perspective qui soit réellement viable.

Figure 1. Montée du fleuve Saint-Laurent à Québec: 1,5m, 2m et 2,5m.

Démanteler le Port de Québec et renaturaliser les berges

«[L]e projet Laurentia est parmi les plus verts au monde»5 . Ces propos malhonnêtes de Mario Girard, PDG de l’APQ, témoignent non seulement de son mépris envers la science, les communautés locales et toutes formes d’intelligence étant capable de reconnaître la nocivité des activités portuaires, mais illustrent également un manque de respect profond pour le vivant, le rôle crucial des écosystèmes et la possibilité, pour les générations suivantes, de bénéficier d’une qualité de vie assurée par une stabilité écosystémique.

Agrandir le Port de Québec avec des fonds publics reviendrait à subventionner l’écocide planétaire, la destruction des écosystèmes qui sous-tendent la vie et l’accélération des phénomènes menaçant la stabilité des établissements humains. Et le préserver revient à perpétuer ces actes destructeurs.

Non seulement le projet d’agrandissement du Port de Québec ne doit pas voir le jour, mais il est impératif que le gouvernement fédéral, s’il souhaite offrir quelque chose de viable aux générations suivantes, travaille conjointement au démantèlement des systèmes d’échange mondialisés, à la reterritorialisation des pratiques culturelles et à la régénération des écosystèmes. Cette perspective est la seule permettant réellement un quelconque rétablissement de l’équilibre écosystémique ainsi qu’une appellation pouvant être honnêtement qualifiée de «verte».

Enfin, je remercie l’AEIC pour son travail provisoire qui a permis de confirmer les préoccupations citoyennes. Et par respect pour le vivant, je demande à tous les acteurs et actrices concerné-es de près ou de loin par le dossier de travailler à la concrétisation de ces éléments :

  1. Refuser le projet Laurentia (ou toute forme d’expansion du Port de Québec);
  2. Travailler à la reterritorialisation des pratiques culturelles;
  3. Démanteler le Port de Québec;
  4. Naturaliser les berges et l’ensemble du site occupé par le port;
  5. Protéger les espaces de biodiversité qui en résulteront.


Références:

1. Voir à ce sujet, l’excellent ouvrage d’Alain Deneault, Noir Canada : Pillage, corruption et criminalité en Afrique. Ou encore les nombreuses démonstrations effectuées par Naomi Klein dans son ouvrage intitulé Tout peut changer: capitalisme et changement climatique.

2. APQ. Laurentia . En ligne: https://www.laurentia.ca/

3. Ceballos, G., Ehrlich, P. R., & Dirzo, R. (2017). Biological annihilation via the ongoing sixth mass extinction signaled by vertebrate population losses and declines. Proceedings of the national academy of sciences , 114(30), E6089-E6096.

4. Époque géologique caractérisée par le bouleversement simultané des processus physiques, chimiques et biologiques par l’activité humaine à l’échelle planétaire. Voir à ce sujet l’article de Zalasiewicz, J., et collab. (2017). The Working Group on the Anthropocene: Summary of evidence and interim recommendations . Anthropocene 19:55-60

5. Radio-Canada (15 décembre 2020). Laurentia: le Port de Québec en opération charme. En ligne: https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1757458/port-quebec-mario-girard-laurentia-operation-charme-rappor t-agence?fbclid=IwAR0FClSWocoQVIyhCT6dbLdY9PWbRj2h5jwWldgR6sBrsaU_5CvGIecdx4c

De «parc et espace vert» à «campus technologique» : un changement de zonage à l’image de l’ignorance municipale

Mémoire présenté dans le cadre de la consultation sur la modification au Schéma d’aménagement et de développement du site de l’ancien dépôt à neige d’Estimauville.

Une vision imposée

En 2020, la Ville de Québec révélait sa vision pour le développement du Littoral Est, arrimée au Projet Laurentia, entre les quartiers Limoilou (à l’ouest), Beauport (à l’est) et Giffard (au nord); une vision purement mercantile, axée de façon unilatérale sur la «spécialisation intelligente», cherchant à stimuler 12,5 G$ en investissement et valeur immobilière d’ici 2035.1

Tel un morceau de viande lancé dans une fosse aux lions affamés, on offre 8,4 km2 de territoire (figure 1), à l’embouchure du fleuve Saint-Laurent, aux investisseurs étrangers et aux industries privées les plus offrantes, sans trop se soucier de la qualité des vies de celles et ceux qui habitent présentement le territoire. Comme preuve, la Ville propose, pour la gouvernance du projet, la formation d’un OBNL constitué de 13 membres et présidé par le «milieu des affaires», sur lequel siégeront 6 entreprises, Québec International (l’agence de développement économique pour la région de la Capitale Nationale), l’INRS, l’Université Laval, le Port de Québec, la Ville de Québec et un Conseil de Quartier (figure 2). Sur 13 sièges, huit seraient occupés par des intérêts privés, trois par des institutions publiques soumises aux logiques spéculatives du marché et une seul par les citoyen-nes. Aussi bien dire que les citoyen-nes n’auront pas un seul mot à dire.

Figure 1. Secteur concerné par la Zone d’innovation Littoral Est et le projet Laurentia.

Figure 2. Ville de Québec. Gouvernance proposée pour la gestion du projet Littoral Est.

Rappelons alors que l’ensemble de cette vision imposée, regroupée dans un document de 194 pages, a été élaborée sans même qu’un-e seul-e citoyen-ne ait l’occasion de se prononcer sur le projet ou ses orientations. Dans ce document qui apparaît comme une brique lancée au visage de la population, parmi les «perspectives d’avenir», on retrouve les orientations suivantes :

– «Zone surveillée en continu et connectée»;
– «Quartier monitoré et connecté»;
– «Suivi de l’humeur (mood monitoring)»;
– «Ville intelligente en santé – mégadonnées en santé»;
– «Cybersécurité appliquée»;
– «Laboratoire vivant pour les technologies 5G»;
– «Incubateur en technologies propres»;
– «Développement d’algorithme (IA) pour améliorer la connectivité du quartier et la qualité de vie des citoyens.

Ce sont là des manifestations assez claires de l’emprise croissante d’un capitalisme algorithmique sur le territoire de la Capitale-Nationale. Et, sans surprise, lors de la première présentation de cette vision techno-industrielle aux citoyennes, le 7 octobre 2020, les principales préoccupations citoyennes pour le développement de ce territoire étaient les enjeux écologiques et sociaux (figure 3); un décalage flagrant par rapport à la vision de la Ville. Il devient alors tout à fait légitime de se demander : mais quels intérêts la Ville de Québec dessert-elle ? Et surtout, qu’en est-il de l’écologie et de la citoyenneté ?

Figure 3. Capture d’écran: volonté citoyenne exprimée lors de présentation en ligne de la vision du Littoral Est par la Ville de Québec

Une ignorance dangereuse

Dans le brouhaha du développement de cette vision de 12,5 G$, sans même avoir consulté les citoyen-nes pour définir les orientations de son projet et laissant à ces dernièr-es deux mois pour digérer l’ensemble de sa vision, en pleine période d’épidémie, l’administration municipale invite maintenant les citoyen-nes à se prononcer sur le changement de zonage d’un terrain, servant actuellement de dépôt à neige, pour faire passer son usage « Parc et espace vert » à celui de « Campus technologique ». Autrement dit, la Ville enfonce sa vision dans la gorge des citoyen-nes et les invite désormais à se prononcer sur des transformations ponctuelles pour faire croire à un processus « participatif ». Le tout, sans jamais leur permettre d’interroger réellement les prémisses du projet.

Puisqu’il en est ainsi, parlons de ce territoire qui sert actuellement de dépôt à neige et qui constitue un pont entre le fleuve Saint-Laurent et les quartiers habités de Maizerets et Beauport (figure 4).

Figure 4. Localisation du terrain concernée par la « consultation »

Comme les fonctionnaires de la ville semblent l’ignorer2, la planète Terre est, depuis la moitié du XXe siècle, entrée dans une nouvelle ère géologique caractérisée par l’exacerbation simultanée des processus physiques, chimiques et biologiques qu’occasionne l’activité humaine à l’échelle planétaire : l’Anthropocène 3. Pami les bouleversements innombrables qui marquent cette nouvelle époque géologique, on observe la hausse des émissions de GES, le réchauffement atmosphérique, la fonte des glaciers et du pergélisol, la perte de biodiversité et la montée rapide du niveau des océans. Or, ce dernier point, la montée des eaux, est particulièrement préoccupant dans le contexte où le terrain concerné par le changement de zonage compte parmi la ligne de front du territoire étant exposé aux humeurs du fleuve Saint-Laurent.

Notons alors que, dans le contexte de changements climatiques, les berges jouent un rôle essentiel pour la protection des établissements humains contre l’érosion et les inondations. En ce sens, nombreuses sont les villes qui, pour renforcer la résilience des berges face à la montée des eaux, choisissent de multiplier le couvert végétal, d’accroître les superficies d’espaces verts et d’augmenter la quantité d’arbres plantés en bordure de l’eau. De telles interventions, en plus d’offrir des espaces publics de qualité exceptionnelle aux citoyen-nes et des habitats prospères à la biodiversité, jouent un rôle clef dans la protection des territoires humanisés: les sols végétalisés, telle une éponge, absorbent l’eau et limitent les débordements; les systèmes racinaires, pour leur part, constituent une importante protection contre l’érosion des berges; la présence de biodiversité renforce les écosystèmes et contribue, plus largement, à limiter le réchauffement planétaire.

En somme, la fonction de «Parc» est vitale pour la protection des secteurs habités et il serait absolument irresponsable de la part de l’administration municipale d’humaniser un site qui, inscrit dans la continuité écologique du Domaine de Maizerets, constitue une ligne de front pour la protection du territoire. Il suffit d’observer les projections concernant la montée des eaux dans le secteur pour réaliser à quel point une telle décision serait impardonnable (figure 5). En fait, si la ville était moindrement sérieuse lorsqu’elle a endossée, le 1er avril 2019, la Déclaration citoyenne d’urgence climatique (DUC)4 , elle chercherait à accroître, comme l’a fait la mairesse Plante à Montréal5, les territoires dédiés aux parcs et, plus précisément, à la biodiversité. Pour les générations futures, il s’agit de la seule perspective viable.

Figure 4. Montée de l’eau projetée du fleuve Saint-Laurent dans les quartiers de la basse-ville: 1,5m, 2m et 2,5m.

Vers une vision citoyenne du Littoral Est

Enfin, le changement de zonage pour toutes fonctions visant à humaniser le terrain concerné est inacceptable et les éléments pouvant faire l’objet d’une réflexion dans le projet du Littoral Est sont trop nombreux pour se limiter à un seul site; c’est l’entièreté du projet qui doit être revu.

En fait, si la ville de Québec n’ignorait pas les habitant-es de son territoire, les enjeux liées à l’écologie et l’existence des changements climatiques, et qu’elle souhait réellement faire preuve d’un respect envers les citoyen-nes, les générations qui les précéderont et, plus largement, le vivant, elle adopterait, au minimum, l’ensemble des critères proposés par la Table citoyenne Littoral Est dans le Plaidoyer pour un Littoral Est écologique, sociale et économique6 qui se lisent ainsi:

1. Gouvernance:

  • Le projet intègre des représentant·e·s des conseils de quartiers et d’autres organismes du milieu dans ses processus décisionnels.
  • Le projet permet la formation d’un comité citoyen représentatifs des différentes réalités socio-économique des quartiers centraux.
  • Le projet s’assure que des ressources suffissantes sont mises à la disposition des citoyen·ne·s pour supporter leur participation.
  • Le projet supporte la transparence de ses opérations auprès des citoyen·ne·s et autres acteurs du milieu tout au long de sa conception, de son exécution et de son évolution.
  • Le projet s’assure que, dans toutes ses phases, la représentation citoyenne et la diversité des représentant·e·s du milieu est maintenue.
  • Le projet met en place des indicateurs pour l’atteinte des objectifs en regard de la biodiversité, de l’habitation, de la mixité des usages et de la mobilité. Le suivi de ces indicateurs fait partie des processus de gouvernance et de reddition de compte aux citoyen·ne·s.

2. Biodiversité

  • Le projet intègre un réseau continu et ininterrompu dédié à l’émergence et la régénération des écosystèmes (friches et boisés).
  • Le projet intègre un réseau continu et ininterrompu dédié à l’agriculture urbaine (agroforestier, permaculturel, jardins collectifs et communautaires, etc.).
  • Le projet permet la renaturalisation des berges.
  • Le projet intègre une biodiversité indigène, diversifée, rustique et nourricière.
  • Le projet présente une sensibilité écologique pour la récupération du milieu bâti existant.
  • Le projet présente une sensibilité écologique pour les matériaux employés (provenance, récupération, qualité matérielle, etc.) dans les nouvelles constructions.

3. Habitation

  • Le projet permet l’implantation d’une mixité de type d’habitations.
  • Le projet prévoit un ratio d’un logement bâti pour chaque emploi créé.
  • Le projet présente des modèles d’habitations novateurs sur les plans de l’architecture, de la mixité sociale, de la durabilité et de l’écologie.
  • Le projet prévoit un minimum de 52 % de logements communautaires et abordables.
  • Le projet prévoit différents types de logements communautaires et abordables développés par et pour les citoyen·ne·s (OBNL, fiducies, coopératives, etc.).

4. Mixité des usages

  • Le projet permet un quotidien basé sur la marche.
  • Le projet intègre le «commun urbain» comme centralité.
  • Le projet intègre l’ensemble des services quotidiens dans des rayons de marche de 800 m (10 minutes).
  • Le projet intègre des services, locaux, maraîchers et artisanaux.
  • Le projet propose un ratio territorial de 50% de fiducies (FUS ou FUSA) gérées par des comités citoyens, coopératives et/ou OBNL.
  • Le projet assure un accès public aux berges pour tous et toutes.
  • Le projet o re des services de valorisation des matières résiduelles de proximité accessibles à l’ensemble des citoyen·ne·s.

5. Transports

  • Le projet priorise les piétons et facilite la marche.
  • Le projet intègre un réseau complet de pistes cyclables utilitaires.
  • Le projet permet à l’ensemble des citoyen·ne·s d’accéder au transport collectif dans un rayon de 800m (10 min) de marche.
  • Le projet intègre un réseau complet de ruelles.
  • Le projet permet l’abolition des barrières entre Limoilou et Maizerets.
  • Le projet intègre des espaces de covoiturage.

Références

1. Ville de Québec (2020). PROJET DE ZONE D’INNOVATION LITTORAL EST. En ligne: https://www.ville.quebec.qc.ca/apropos/planification-orientations/amenagement_urbain/grands_projets_ urbains/zone-innovation-littoral-est/docs/projet-de-zone-d-innovation-littoral-est.pdf

2. C’est ce que laisse deviner le document de 194 pages présentant la vision du Littoral Est. Ibid.

3. Zalasiewicz(2017).T heWorkingGroupontheAnthropocene:Summaryofevidenceandinterim recommendations . Anthropocene 19:55-60

4. Ville de Québec (1er avril 2019). Séance du conseil de ville du 1er avril 2019 . En ligne: https://www.ville.quebec.qc.ca/docs/pv/rubriques/resolutions/CV/2019/CV-2019-0277.pdf

5. Journal Métro (21 septembre 2020). Montréal achète le boisé North Ridge pour son Grand parc de l’ouest . En ligne: https://journalmetro.com/local/ouest-de-lile/2523942/north-ridge-montreal-achete-le-boise-north-ridge-pour-son-grand-parc-de-louest/

6. Table citoyenne Littoral Est (2020). Plaidoyer pour un Littoral Est écologique, social et économique. En ligne: https://simonparent.com/portfolio/plaidoyer-pour-un-littoral-est-ecologique-et-social/

La Patente: Manifeste pour un commun écologique et communautaire dans Limoilou

En révélant la fragilité des systèmes d’organisation locaux, tels que l’alimentation, le soin, l’économie de proximité, etc., les différentes crises (épidémique, économique et écologique) renforcent l’urgence de créer des modèles communautaires alternatifs basés sur le soin des autres et du territoire. En démasquant les inégalités du système capitaliste dominant, elles rendent plus perceptibles que jamais ses capacités de nuire à la résilience collective, aux modes d’organisation communautaire ainsi qu’aux pratiques écologiques. Au moindre choc, les structures du capitalisme néolibéral s’écroulent tel un château de cartes et les populations, vulnérables, sont laissées pour compte.

Dans ce contexte, La Patente apparaît comme lieu d’expérimentation sociale propice au renforcement de la résilience collective et à l’émergence d’une nouvelle narration du monde basée sur la proximité, l’entraide, et le soin ; un espace communautaire contribuant au respect du vivant, au retour à la terre et à l’autodétermination des communautés locales.

La Patente est un lieu de rencontre; un lieu commun où se renforcent les maillages du tissu social. Un lieu où sont collectivisés, appris et transmis les savoirs, savoir-faire et savoir-être; où l’on apprend à faire et être ensemble; où se produisent le dialogue, le débat, et l’évolution des pensées. C’est un lieu où s’enracinent des mouvements de transition écologique et sociale capables d’opérer une transformation profonde des pratiques culturelles, des modes de vie et des systèmes d’organisation sociale.

La Patente est un atelier communautaire, inclusif et ouvert à tous. Libre de jugements, c’est un lieu où la communauté partage expériences et projets de manière à outiller ses membres. Débutants comme expertes, curieux ou passionnées, chacun peut y développer des habiletés ou simplement se lier d’amitié. Par la diversité des matières travaillées, la variété des équipements disponibles et la flexibilité des espaces et événements offerts, La Patente valorise la multidisciplinarité, l’intersectionnalité et la mixité. C’est un lieu d’éducation populaire, un véritable laboratoire d’innovation sociale, visant à créer une communauté autogérée, autonome et aimante.

La Patente est un espace d’écologie. C’est un lieu où sont partagées des pratiques conscientes de la finitude des ressources planétaires et favorables à la régénération des écosystèmes. La collectivisation des modes de production permet à la communauté de renforcer son autonomie et de s’affranchir des besoins liés à la (sur)consommation. En favorisant les techniques de production «low-tech», les savoirs liés au territoire ainsi que les procédés de revalorisation matérielle, La Patente offre à ses membres la possibilité d’acquérir une sagesse environnementale et une conscience des processus de transformation de la matière.

À travers l’ensemble de ses activités, La Patente favorise la circularité des cycles de vie matérielle. Récupérer, réparer, transmettre, revaloriser et soigner afin d’organiser un écosystème économique et sociale en harmonie avec la nature.

Reprendre un contrôle sur les modes de production et de décision de manière à organiser, ensemble, une autonomie communautaire. Faire des projets structurants par et pour la communauté dans l’objectif d’améliorer les milieux de vie, de régénérer les écosystèmes et de renforcer le vivant. Opérer un changement de paradigme profond: de la croissance à la décroissance, de la consommation à la collaboration, de la privatisation à la communalisation, de la destruction à la régénération.

avec
des patenteux et patenteuses

Vers une ville du vivant

NATURE ET CULTURE

Les milieux bâtis matérialisent les rapports qu’entretiennent les humains avec le monde. Ils révèlent nos relations au territoire, nos interactions à la matière, nos systèmes de croyances, nos formes d’organisation sociales. Comme le disait Winston Churchill : « We shape our buildings; thereafter they shape us ». La ville que nous façonnons conditionne nos comportements qui, à leur tour, organisent la ville dans une relation dialectique. En apparence vertueuse et destinée à placer l’humain « au coeur » de son propre univers, cette réalité dissimule une relation écocidaire puisant ses racines dans les profondeurs de la culture occidentale.

Depuis l’Antiquité, la ville est considérée par l’esprit gréco-romain comme étant le refuge de l’humain, une clairière¹, entourée d’une nature étrangère, sauvage, hostile ou décorative. En ce sens, les manières de concevoir, de bâtir et d’habiter les milieux anthropiques exigent une déforestation et, par le fait même, une destruction massive des écosystèmes que les milieux forestiers abritent. Cet héritage culturel selon lequel l’humain externalise et domine le vivant mérite d’être profondément remis en cause alors que nous vivons une 6e extinction de masse exacerbée par l’activité humaine.

La crise climatique, la perte de biodiversité et l’émergence d’un discours favorable au « retour de la nature en ville » obligent un transformation profonde des pratiques liées à l’occupation territoriale. Il est alors tout à fait légitime d’interroger ce que nous désignons par le concept de « nature » et voir comment cette dernière peut émerger dans les milieux anthropiques. Plus encore, par quels moyens l’activité humaine peut-elle contribuer à son renforcement ?

Le ralentissement mondial imposé par la pandémie de la COVID-19 présente une réelle occasion de réfléchir et d’imaginer la ville de demain; un milieu basé sur une culture de l’entraide dans lequel l’humain participe à la régénération des écosystèmes et cohabite intégralement avec le vivant.

Nous survolerons donc, rapidement, l’évolution de la relation entre ville et nature à travers des représentations qui, au fil du temps, illustrent les mutations de notre rapport au monde et prépare pour l’émergence d’une « ville du vivant ».

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Le milieu anthropique isolé de la nature.
Plan de Rome, 1574
LA VILLE ESTHÉTIQUE

Dans la Rome antique du Ier siècle existait la locution rus in urbe, la campagne dans la ville, pratique de verdissement associée à la beauté et aux espaces luxuriants destinés aux empereurs. Dans la même veine, au XVIIe siècle, le square londonien était reconnu pour « l’ornement, le plaisir, le délice ». Dès lors, les concepteurs de ces lieux cherchaient à créer « l’illusion » de la campagne en ville par l’intégration d’une nature domestiquée.

Encore à ce jour, la présence de végétation dans les milieux urbanisés est largement associée à la richesse et la désirabilité. Il n’y a qu’à penser aux boulevards urbains de prestige ou encore aux arbres matures qui ornementent les quartiers aisés comme Sillery, Outremont et Westmount. La corrélation positive entre la canopée des quartiers centraux et le niveau socioéconomique des résidents démontre en partie l’appréciation esthétique associée à un « quartier vert ». Dans l’imaginaire collectif, la présence d’arbres et d’espaces végétalisés signifie des activités de plaisance, une ambiance champêtre ou un pique-nique estival.

Au-delà de sa valeur esthétique, la végétation sert aussi, sous le règne anthropique, de dispositif urbanistique permettant le renforcement d’une distinction sociale, le maintien d’une ségrégation spatiale, ou le camouflage d’une réalité jugée indésirable. Pensons à la marge avant qui sépare l’Assemblée nationale de la population, au boisé qui isole le campus de l’Université Laval de la ville, aux arbres qui dissimulent les cours arrières sur le boulevard Charest ou à la bande forestière qui cache une banlieue générique dans les paysages autoroutiers du Québec. Dans l’espace anthropocentrique, le végétal masque le spectacle de la domination de l’humain sur l’humain ; il détourne les regards et apaise les consciences.

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L’espace végétal comme symbole de puissance.
National Mall, Washington, D.C., 1915
LA VILLE À ÉCHELLE HUMAINE

Concurremment, dans la ville moderne d’Amérique du Nord, l’hégémonie du transport routier a fait naître une forme urbaine diffuse et peu conviviale ; une ville recouverte de surfaces asphaltées et bétonnées, dominée par la propriété privée et érodée par les usages polluants de la voiture. En moins d’un siècle, l’expansion rapide de cette occupation territoriale, combinée à l’agriculture et la foresterie industrielle, ont anéanti les terres fertiles et les milieux forestiers qui assuraient respectivement la souveraineté alimentaire des noyaux de peuplement historiques et l’habitat d’une faune et d’une flore indigène.

Par exemple, entre 1948 et 2018, la superficie du territoire urbanisé de la ville de Québec s’est multipliée par 12 alors que la population n’a même pas triplé. Après plus de 70 ans d’urbanisation diffuse, la banlieue-dortoir, pour laquelle habiter « près de la nature » implique de la ravager, est devenue le lieu de résidence de plus de 70% des citoyen-nes de la municipalité. Au Canada, ce sont 86% des habitant-es qui vivent à l’extérieur des « noyaux urbains actifs » permettant un quotidien basé sur les transports actifs et collectifs. En d’autres termes, une prison maintenant captif les habitant-es d’une dépendance à la voiture et des carburants qui l’alimentent a été crée au détriment de la vie grâce à un gaspillage historique de terres fertiles.

Face à ces constats et surtout, en réponse à la dépendance automobile, plusieurs spécialistes de l’aménagement prônent la ville à l’échelle humaine. Densifier les milieux bâtis pour rapprocher les gens, faire ses emplettes à distance de marche et vivre une vie affluente, aisée et divertie, c’est ce que nous souhaite cette tendance. Les arbres servent quant à eux à embellir le paysage urbain et agrémenter l’espace public.

Certes appréciable pour sa sensibilité à la proximité physique des corps, son emprise limitée sur le territoire et sa réponse face aux problématiques liées aux usages de la voiture, l’échelle humaine néglige toutefois la principale victime de l’anthropocène : la biodiversité. Les problématiques liées à la destruction des écosystèmes persistent dans les discours qui se présentent comme remèdes à l’étalement urbain. En ce sens, la sémantique de la ville « humaine » rejette encore et toujours les principes fondamentaux du vivant relatif à l’entraide entre espèces. Par cette conception de la ville, l’humain se positionne au centre de l’urbis (et de son hubris), alors que la nature n’est qu’un agrément du même ordre qu’un mobilier urbain, un trottoir ou une chaussée; la faune et la flore n’étant qu’accessoires.

La ville esthétique dissimule une évacuation massive des relations entre vivants, tandis que l’échelle humaine reflète les problèmes relatifs à l’anthropocène, c’est-à-dire l’humain comme seule et unique mesure de l’aménagement des milieux de vie.

De la ville automobile à la ville à échelle humaine. L’arbre comme agrément urbain, déplaçable et replaçable à notre guise.
Peter Calthorpe et William Fulton, 2001.
LA VILLE BÉNÉFIQUE

Aujourd’hui, dans le contexte des bouleversements écologiques, le monde végétal apparaît comme une bouée de sauvetage pour l’humanité. En effet, les études exposant les bénéfices de « l’espace vert » sur l’humain se multiplient : facilitation de l’activité physique, relaxation, réduction du stress, filtration des polluants atmosphériques et sonores, diminution des îlots de chaleur, gains sur la santé publique, augmentation du sentiment de bien-être, etc.

Les surfaces végétalisées sont maintenant largement considérées pour leurs apports sanitaires, mais aussi économiques. À cet effet, de nombreuses études suggèrent d’attribuer une valeur monétaire aux arbres, aux « infrastructures vertes » ainsi qu’aux milieux humides. Dans cette vision, la complexité du vivant est réduite à un vocabulaire technocratique. On ajoute la « nature » à la liste des « équipements » à déployer par une équipe de gestionnaires. On parle de « services écosystémiques » pour qualifier « les multiples avantages que la nature apporte à la société ». On achète des arbres pour compenser des activités polluantes et on intègre simplement la végétalisation et la canopée dans une « trousse d’outils de planification » contribuant à la santé publique, à l’économie de coûts et, plus largement, au bien-être humain. Bref, la nature, les végétaux et les qualités territoriales sont, dans une telle approche, considérés comme un moyen d’amélioration de la condition humaine.

D’une certaine manière, cet engouement pour le verdissement est réjouissant puisque de nombreux végétaux sont plantés et des municipalités adoptent des mesures concrètes pour favoriser l’intégration d’une biodiversité. Toutefois, le problème fondamental de ces pratiques émergentes — la domination de l’humain sur la nature — persiste, tant physiquement que symboliquement. À travers une lunette pragmatique, on tente simplement de répondre à la question suivante : comment la nature peut-elle offrir des services économiques, écologiques ou sanitaires à l’humain? Le tout, sans jamais remettre en cause le sens de nos interactions aux écosystèmes et au monde.

Et si, en partant du fait que le caractère nocif de l’activité humaine est responsable d’une 6e extinction de masse, nous inversions plutôt la réflexion et les pratiques qu’elle sous-tend : comment l’activité humaine peut-elle contribuer au renforcement des écosystèmes? Un tel questionnement renverse profondément la responsabilité de l’humain face à la nature. Et nous croyons qu’il devrait être à la base d’un changement de paradigme permettant une transformation radicale des pratiques culturelles et conduisant à l’émergence d’un rapport de soin et d’empathie de l’humain face au vivant. Mais comment cette nouvelle prémisse peut-elle se traduire en termes d’occupation territoriale?

LA VILLE DU VIVANT

Comme le révèle la multiplication des bouleversements écologiques et la décroissance aujourd’hui imposé par la COVID-19, nous sommes à la fin d’un cycle civilisationnel basé sur l’abstraction des réalités du monde. Pour Pablo Servigne et Gauthier Chapelle, « l’âge de l’entraide doit donc commencer dès maintenant, à tous les niveaux et de manière anticipée […] ». Et en évoquant « l’entraide », les deux biologistes réfèrent à la complémentarité et l’interdépendance essentielles des différentes espèces vivantes ; une co-évolution tout simplement vitale et trop complexe pour être « contrôlée », comprises ou évacuée par l’humain.

Il est alors essentiel de redéfinir les milieux anthropiques comme parties intégrantes et intégrées d’une nature complexe, et non comme composantes externes d’une nature étrangère. À partir de l’occupation territoriale héritée, nous devons impérativement travailler à l’effacement des séparations, physiques et historiques, qui évacuent l’établissement humain des relations écosystémiques et accepter, voire désirer, une perte de « contrôle » sur la nature.

Pour ce faire, un premier exercice pourrait être de répertorier les lignes de subsistance du territoire, soit les conditions fondamentales ayant historiquement permis la cohabitation des espèces et étant aujourd’hui propices au retour d’une biodiversité indigène : climat, hydrographie, géomorphologie, foresterie, etc. À partir de ces réalités territoriales, comment l’établissement humain peut-il contribuer à leur régénération ?

En travaillant conjointement au renforcement des écosystèmes locaux, à la récupération des secteurs délaissés et à la décroissance des milieux humanisés, il devient possible d’organiser un réseau écosystémique complet servant de nervure aux milieux bâtis et d’accroche pour la redéfinition d’un nouveau rapport au monde : reterritorialisation des pratiques culturelles selon les réalités biophysiques régionales, corridors écologiques assurant la continuité écosystémique, réseaux permactulturels et agroforestiers favorables à l’émergence d’une faune et d’une flore indigène, renaturalisation des berges, transformations des friches hydro-électriques en forêts nourricières, conversion des espaces dédiés à la voiture en niches de biodiversité, déminéralisation des surfaces de bitumes, etc.

À l’époque de la dégradation écologique, les actions de verdissement, soutenues par une mobilisation des communautés locales, devraient viser la régénération des sols et de leur microbiologie, la création d’habitats et de conditions favorables aux espèces indigènes ainsi qu’une vision de l’habitation territoriale axée et sur les interactions significatives entre citoyens et nature.

Pour le domaine de l’aménagement, il s’agit d’un réel défi de composer (et laisser-aller) avec une multiplicité renouvelée de perspectives. Effectivement, les interactions à potentialiser sont considérables et ne peuvent pas être entièrement planifiées. C’est pourquoi une portion de l’espace urbain écosystémique peut être réfléchie (plantation de forêts nourricières, conversion de rues en corridors écologiques ou implantation de réseaux permaculturels), alors qu’une autre devrait être laissée dans des conditions d’émergence (auto-organisation, tonte sélective et contrôle des espèces exotiques envahissantes).

Au final, le ralentissement occasionné par la crise de santé publique actuelle doit alimenter la réflexion et, éventuellement, soutenir l’action. Sans transformations radicales des pratiques culturelles, nous léguerons aux générations suivantes une condition humaine fragilisée et peu résiliente face aux grands bouleversements climatiques.

Pour comprendre le rôle essentiel de la biodiversité, cette dernière doit systématiquement intégrer les discours, les mentalités et les milieux de vie. D’une ville à l’échelle humaine, anthropocentrique, érigeons une ville à l’échelle du vivant, anthropo-biocentrique, dans laquelle l’humain prend soin du territoire et des espèces avec lesquelles il cohabite.

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La ville anthropocentrique : secteur autoroutier Dufferin-Montmorency dans Limoilou.
Photo : Simon Parent 2018
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La ville anthropo-biocentrique permettant une cohabitation du vivant.
Nature Québec 2020

avecPhilippe-Daniel Deshaies
pour Nature Québec