10. Agrandissement portuaire, zone d’innovation et lutte citoyenne


Discussion concernant l’expansion du Port de Québec, la Zone d’innovation Littoral Est et la lutte Pour un littoral citoyen avec Marie-Hélène Deshaies, co-fondatrice de la Table citoyenne Littoral Est, suivie d’une chronique traitant des politiques municipales de participation publique par Clément Frayssinous du collectif Québec en Décroissance.

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Réalisme, utopie et régénération

Ces dernières années, j’ai beaucoup entendu parler des notions «d’utopie» ou de «réalisme».

Selon plusieurs, les aménagements proposés par Québec, ville résiliente seraient une perspective «utopique» (alors que j’aurais tendance à croire, avec un peu de recul, qu’ils exacerbent certains problèmes civilisationnels, donc qu’ils se rapprocheraient plus de la dystopie). Pour d’autres, l’idée d’implanter un parc dédié à la régénération des écosystèmes à la place du Port de Québec serait «irréaliste».

Au niveau des dynamiques d’occupation territoriales, il semble alors essentiel d’interroger, collectivement, les cadres qui définissent nos réalités, et plus largement, ce que nous jugeons comme étant «raisonnable» ou «acceptable», en tenant compte, évidemment, de l’extermination du vivant et du ravage des écosystèmes occasionnés par l’activité humaine à l’échelle planétaire.

En ce sens, nous jugeons acceptables, collectivement, l’agrandissement des autoroutes, la domination de l’automobile (et du bitume qui lui permet de rouler), l’élévation perpétuelle des privilèges de la bourgeoisie et des classes «moyennes», l’accumulation infinie du capital au détriment de la vie, le développement du territoire par des promoteurs (et les laquais qui les servent docilement), l’ouverture de nouvelles usines, l’omniprésence de multinationales et de publicités, la consommation de masse, l’obsolescence des objets, la monoculture des sols, l’intoxication des aliments, l’appauvrissement des terres, le remblai des milieux humides, l’abattage des forêts et l’hécatombe des communautés du vivant.

Mais nous jugeons «irréaliste» de planifier des espaces de régénération pour la biodiversité. Cela en dit long sur l’ampleur de la maladie qui gangrène aujourd’hui le monde «civilisé».

Bref, à Québec, si l’on compare le projet portuaire Laurentia avec certaines propositions élaborées dans le cadre du concours universitaire organisé par la Table citoyenne Littoral Est, il ne semble pas plus «utopique» de remblayer une partie du fleuve Saint-Laurent pour y implanter une infrastructure dédiée au transport international des marchandises (et de renforcer l’ensemble des mécanismes d’exploitation et de destruction qu’un tel système mondialisé sous-tend) que d’ériger un parc dédié à la régénération des écosystèmes en bordure du littoral.

Au contraire, d’un point de vue strictement rationnel, si l’on donnait ce choix à n’importe qui de moindrement conscient, il apparaitrait comme complètement insensé d’opter pour l’infrastructure industrialo-portuaire. Pourtant, c’est le choix que nous jugeons «acceptable» à la Ville de Québec, alors qu’on tente de faire croire aux citoyen·nes que toute autre perspective n’est rien d’autre qu’une «utopie».

Mais rappelons simplement qu’il s’agit d’un choix. Un choix collectif qui reflète à la fois le caractère limité de nos esprits profondément colonisés par l’économie marchande, notre manque de créativité et notre dépendance à des modes d’existence consuméristes reposant sur la destruction du monde et l’exploitation des plus vulnérables.

Dans ce contexte, imaginons les alternatives possibles, sortons les éléments cancérigènes de nos milieux de vie, bloquons le Port de Québec, radicalisons nos pratiques culturelles, refusons toutes formes de domination par des entreprises privées et approprions-nous le territoire dans une perspective de régénération écosystémique et sociale.

État actuel des berges de Québec: infrastructures industrialo-portuaires, autoroute et industries.