La ZILE et la dépossession de Maizerets

Encore et toujours, la Ville de Québec méprise les populations locales avec toute l’arrogance du monde.

Le lundi 30 août 2021, on apprenait que les transformations « siliconiennes » se poursuivent dans Maizerets et ce, malgré les oppositions et inquiétudes manifestées par le Conseil de Quartier de Maizerets ainsi que la vision Pour un littoral citoyen proposée par les membres de la Table citoyenne Littoral Est depuis 2019.

Dans le contexte de la ZILE (Zone d’innovation Littoral Est), la Ville de Québec souhaite transformer les garages municipaux situés aux angles de la Canardière et Henri-Bourassa en une « porte d’entrée du Groupe des incubateurs-accélérateurs1 ». En d’autres termes, « la Ville » prévoit convertir les garages municipaux en une pépinière d’entreprises privées inscrites dans les cycles économiques favorables à la destruction du monde (extraction, innovation, production, valorisation, marchandisation, consommation). Un organe de l’entreprise-monde. Un projet d’avenir voué à la mort qu’on ose, ironiquement, qualifier de « vert » et de « durable ».

Garage municipal dans lequel la Ville de Québec souhaite implanter un incubateur de techno-entreprises.


Le tout prendra place dans Maizerets, l’un des quartiers urbains les plus vulnérables du Québec où les revenus annuels comptent parmi les plus bas.

On devrait donc lire, lorsque la Ville de Québec indique dans son communiqué2 que le « Le Garage » deviendra un « symbole de renouveau du quartier », qu’on annonce en fait une expulsion massive des communautés vulnérables habitant le quartier (et les quartiers limitrophes) rendue possible par l’attrait d’une nouvelle classe travailleuse spécialisée (propre à la techno-industrie), l’arrivée du tramway (corridor de gentrification) et la hausse des valeurs foncières (croissance des taxes municipales, augmentation du coût des loyers et diminution du parc locatif). C’est un symbole de la dépossession du quartier.

En somme, la Ville de Québec, en vendant les garages municipaux (terrains publics) à des entreprises privées à des fins d’exploitation et de marchandisation, choisit de mettre les fonds publics et le territoire que l’on habite au service de l’industrie. Le tout, au détriment des populations locales qui habitent le quartier.

Pourtant, c’est dans ces mêmes garages que les communautés locales mobilisées contre la ZILE désirent un lieu autogéré, un centre social où l’on peut expérimenter la permaculture, le partage, la transmission des savoir-faire tout en favorisant les rencontres, les moments de création et de convivialité. Un espace inspiré par le Bâtiment 7. Un lieu pour vivre ensemble hors du cadre mortifère de l’économie marchande.

Ces deux visions, pro-ZILE et anti-ZILE, sont fondamentalement incompatibles. La première assure l’enrichissement incessant des castes dominantes, l’entreprisation du monde et la reproduction des mécanismes de mort tandis que la seconde propose d’expérimenter collectivement d’autres formes d’existences plus respectueuses des processus de vie, des réalités territoriales et des diversités culturelles, à partir des lieux que nous lègue le monde industriel.

Dans ce contexte, l’administration publique a choisi son camp. En imposant sa ZILE, elle se fout complètement des communautés locales, de la qualité des relations que nous entretenons avec le territoire ou encore de l’écologie (celle qui ne repose pas sur un mirage technologique). Elle préfère servir lâchement les entreprises privées et les industries au nom du profit.

Pour éviter la dépossession, il en revient donc aux communautés locales de se prendre en main: cesser d’espérer quoi que ce soit de cette administration publique médiocre et des laquais qui en assurent le fonctionnement, cesser de demander quoi que ce soit aux serviteurs-fonctionnaires qui se mettent lâchement à genou devant l’industrie en échange d’un salaire, se rassembler, occuper les territoires, bloquer les industries, prendre les bâtiments, expérimenter d’autres formes de vie et mettre terme à cette folie techno-capitaliste qu’est la ZILE.

C’est tout l’avenir de Maizerets qui est en jeu.

  1. 30 aout 2021. Premier projet de la Zone d’innovation Littoral Est : « Le Garage ». Ville de Québec. En ligne: https://www.ville.quebec.qc.ca/apropos/espace-presse/actualites/fiche_autres_actualites.aspx?id=22491&fbclid=IwAR3HnsARRTPfy_LNjgLrl2uikTQcm0HnTDelGVHIdWT
  2. Ibid.

13. Énergie, consommation et techno-capitalisme

Présentation des travaux de Jean-Marc Jancovici concernant l’énergie et l’exploitation de ressources par Michaël Gosselin, survol du projet techno-capitaliste de la Zone d’innovation Littoral Est et relance des activités du collectif Québec en décroissance par Carlos De Figueiredo.

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