La CAQ, le G15+ et l’Alliance Arianne, ou comment condamner le territoire à une mort certaine

Récemment, on apprenait l’intention de la CAQ d’ouvrir « un vaste chantier afin de dépoussiérer la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme, qui n’a pas fait l’objet de refonte majeure depuis 1979. Les consultations menées au cours des prochains mois s’attarderont sur des sujets aussi divers que l’étalement urbain, la gestion des inondations, la protection du patrimoine, la préservation des terres agricoles et la fiscalité. L’exercice conduira à l’élaboration, dans un an, d’une Stratégie nationale d’urbanisme et d’aménagement des territoires.1 »

L’ouverture d’une réflexion territoriale est fondamentale et représente, en soi, une très bonne nouvelle. Il suffit de s’intéresser moindrement aux dynamiques territoriales historiques pour comprendre que l’expansion effrénée des établissements humains au courant des derniers siècles s’est produite au détriment des milieux forestiers et des terres agricoles qui assuraient respectivement un certain équilibre écosystémique et une souveraineté alimentaire aux populations locales.

Or, ce ravage perpétuel des milieux dits « naturels » et des terres fertiles au nom du développement immobilier et de la croissance nous lègue aujourd’hui une condition territoriale extrêmement fragilisée: les écosystèmes assurant le maintien de nos propres conditions d’existence se sont dangereusement dégradés et, d’un point de vue de l’approvisionnement alimentaire, nous produisons environ 30% des aliments que nous consommons, ce qui affaiblit grandement nos conditions de subsistance et nous rend vulnérables face à des bouleversements bio-climatiques et sociaux croissants (inondations, sécheresses, incendies, appauvrissement des sols, inégalités sociales, conflits géo-politiques, mutations des échanges, etc.).

Il est donc essentiel, en effet, d’interroger en profondeur nos rapports au territoire: comment établir une relation co-évolutive entre les milieux humanisés et les écosystèmes régionaux? Comment enraciner nos pratiques culturelles dans les réalités territoriales? Comment organiser la mobilité collective pour évacuer l’automobile de l’équation? Comment repenser notre alimentation afin qu’elle s’adapte aux réalités bio-régionales et qu’elle prenne en compte la régénération du vivant (dont l’enrichissement des sols)? Et comment interagir avec cette biodiversité afin d’en faire bénéficier les communautés biotiques?

Une première étape essentielle est d’abord de reconnaitre le caractère destructeur de nos activités quotidiennes, industrialisées et complètement déterritorialisées; en faire le deuil. À ce sujet, un rapport britannique récent rappelait que « si l’humanité a immensément prospéré ces dernières décennies, la manière dont nous avons atteint cette prospérité fait qu’elle a été acquise à un coût dévastateur pour la nature.2 » Et Philippe-Daniel Deshaies illustre assez bien, dans ses propos, le gouffre qui sépare nos activités quotidiennes, distraites et oisives, d’une relation de conscience territoriale, active et participante.3 Il est donc primordial d’accepter que notre confort matériel et nos existences consuméristes soient rendus possibles uniquement grâce à la destruction effrénée du monde.

Ensuite, si l’on veut réellement comprendre ce que signifie l’annonce de ce « vaste chantier » pour le territoire du Québec, il semble important de porter un regard attentif sur les organisations invitées par la CAQ, parmi lesquelles siègent le G15+ et l’Alliance Ariane; des groupes qui se présentent comme « leaders » et grands sauveurs.

En fait, la co-présence du Conseil du patronat du Québec, de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), de grands assureurs, de banquiers, de regroupements de promoteurs, de groupes soi-disant « environnementaux » comme Vivre en Ville ou le Conseil régional de l’environnement – région de la Capitale-Nationale, et d’une organisation syndicale comme L’Union des producteurs agricoles – UPA reflète parfaitement les dynamiques territoriales qu’on tente d’implanter ou, dans certains cas, de sauvegarder: la croissance continue des milieux urbanisés, la préservation des existences urbaines et consuméristes, la gentrification perpétuelle des centres urbains (basée sur la hausse du capital foncier), le renforcement des inégalités sociales (l’accessibilité toujours plus difficile pour les populations vulnérables au logement), le maintient de l’emprise des entreprises privées sur le développement territorial, l’affaiblissement des perspectives agricoles ou horticoles paysannes (sous l’emprise monopolistique de l’UPA) et la « relance » économique pour une exploitation continue du monde.

« Béatrice Alain, [directrice du Chantier de l’économie sociale], croit pour sa part que la participation d’organisations comme la Fédération des chambres de commerce et le Conseil du patronat aux côtés de groupes écologistes et sociaux démontre une volonté commune d’améliorer l’aménagement des territoires.4 »

Évidemment, lorsqu’on est en accord avec les prémisses d’une démarche, ou qu’on y trouve son compte en obtenant les grâces des dominants, on finit par se taire, accepter l’inacceptable et trouver des solutions « gagnant-gagnant »5 ; une posture médiocre qui oblige les compromis, et les sacrifices.

Et les plus grands absents, ou disons les « sacrifiés », dans ce type de démarche « top-down » de planification territoriale sont, comme toujours, les populations vulnérables et, plus largement, les communautés du vivant.

En ce sens, la seule chose de « verte » qui puisse aujourd’hui être planifiée de manière à réellement renforcer la biodiversité à l’échelle territoriale tout en adressant sérieusement les enjeux bio-climatiques du XXIe siècle est un retrait des milieux humanisés, une régénération massive des écosystèmes, une baisse drastique des niveaux de confort de la « classe moyenne » et des plus privilégié-es, un questionnement profond sur l’usage des énergies en général (une décroissance), une réflexion holistique cherchant à extraire les énergies fossiles de l’architecture et une reterritorialisation des pratiques culturelles.

Et pour ça, il faut avoir la force d’accepter, collectivement, que les promoteurs ne feront plus de profits sur les sols, que les banquiers ne dicteront plus nos échanges, que nos existences consuméristes rendues possibles grâce aux énergies fossiles ne pourront plus être maintenues, que la consommation d’externalités ne pourra plus être au centre des milieux humanisés, que les cultures locales devront s’adapter en fonction des réalités bio-physiques spécifiques au lieu, que les aliments proviennent des sols, que la Terre a des cycles, que les communautés du vivant doivent être respectées, que nous sommes tributaires de la santé des écosystèmes et que les sols n’appartiennent à personnes.

Des collaborations comme celle que nous annonce la CAQ sont tout simplement pathétiques; on nous annonce, en somme, le maintien des activités humaines qui perpétuent la destruction du monde et la croissance des inégalités sociales. Ce « growth coalition » exacerbe les problèmes civilisationnels et nous conduit tout droit vers la catastrophe.

Mais où sont les véritables écologistes !?

  1. Le Devoir, 08 février 2021. Québec veut faire le ménage dans les règles d’urbanisme. En ligne:
    https://www.ledevoir.com/societe/transports-urbanisme/594786/quebec-veut-faire-le-menage-dans-les-regles-d-urbanisme?utm_medium=Social&utm_campaign=Autopost&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR0JKSC2dz_3svKdFirBtczgfWvGh2C__tD7LQhqg8b-6dBB6yn-MUTebE4#Echobox=1612761494
    1
  2. Le Monde, 02 février 2021. La croissance à un coût dévastateur pour la nature selon un rapport britannique. En ligne:
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/02/02/la-croissance-a-un-cout-devastateur-pour-la-nature-selon-un-rapport-britannique_6068463_3244.html?fbclid=IwAR39JnPc8FFX8EmNBYSdbAcpTayxZcCq-R0BxUw1eItTPsYftx2waKGPVlU
    1
  3. Philippe-Daniel Deshaies. 02 février 2021. Civilisation, résilience et territorialité. En ligne:
    https://simonparent.com/2021/02/02/05-civilisation-resilience-et-territorialite/
    1
  4. Le Devoir, 08 février 2021. Québec veut faire le ménage dans les règles d’urbanisme.
    1
  5. Le 3 mars 2021, Vivre en Ville tiendra un événement intitulé « Densificiation Gagnant-gagnant. Comment faire? » Ou comment annoncer une posture médiocre caractérisée par le compromis? En ligne: https://www.facebook.com/events/703254083669846/

Vers une ville du vivant

NATURE ET CULTURE

Les milieux bâtis matérialisent les rapports qu’entretiennent les milieux anthropiques avec les monde. Ils révèlent nos relations au territoire, nos interactions à la matière, nos systèmes de croyances, nos formes d’organisation sociales. Comme le disait Winston Churchill : « We shape our buildings; thereafter they shape us ». La ville que nous façonnons conditionne nos comportements qui, à leur tour, organisent la ville dans une relation dialectique. En apparence vertueuse et destinée à placer l’humain « au coeur » de son propre univers, cette réalité dissimule une relation écocidaire puisant ses racines dans les profondeurs de la culture occidentale.

Depuis l’Antiquité, la ville est considérée par l’esprit gréco-romain comme étant le refuge de l’humain, une clairière¹, entourée d’une nature étrangère, sauvage, hostile ou décorative. En ce sens, les manières de concevoir, de bâtir et d’habiter les milieux anthropiques exigent une déforestation et, par le fait même, une destruction massive des écosystèmes que les milieux forestiers abritent. Cet héritage culturel selon lequel l’humain externalise et domine le vivant mérite d’être profondément remis en cause alors que nous vivons une 6e extinction de masse exacerbée par l’activité humaine.

La crise climatique, la perte de biodiversité et l’émergence d’un discours favorable au « retour de la nature en ville » obligent un transformation profonde des pratiques liées à l’occupation territoriale. Il est alors tout à fait légitime d’interroger ce que nous désignons par le concept de « nature » et voir comment cette dernière peut émerger dans les milieux anthropiques. Plus encore, par quels moyens l’activité humaine peut-elle contribuer à son renforcement ?

Le ralentissement mondial imposé par la pandémie de la COVID-19 présente une réelle occasion de réfléchir et d’imaginer la ville de demain; un milieu basé sur une culture de l’entraide dans lequel l’humain participe à la régénération des écosystèmes et cohabite intégralement avec le vivant.

Nous survolerons donc, rapidement, l’évolution de la relation entre ville et nature à travers des représentations qui, au fil du temps, illustrent les mutations de notre rapport au monde et prépare pour l’émergence d’une « ville du vivant ».

mp11058a
Le milieu anthropique isolé de la nature.
Plan de Rome, 1574
LA VILLE ESTHÉTIQUE

Dans la Rome antique du Ier siècle existait la locution rus in urbe, la campagne dans la ville, pratique de verdissement associée à la beauté et aux espaces luxuriants destinés aux empereurs. Dans la même veine, au XVIIe siècle, le square londonien était reconnu pour « l’ornement, le plaisir, le délice ». Dès lors, les concepteurs de ces lieux cherchaient à créer « l’illusion » de la campagne en ville par l’intégration d’une nature domestiquée.

Encore à ce jour, la présence de végétation dans les milieux urbanisés est largement associée à la richesse et la désirabilité. Il n’y a qu’à penser aux boulevards urbains de prestige ou encore aux arbres matures qui ornementent les quartiers aisés comme Sillery, Outremont et Westmount. La corrélation positive entre la canopée des quartiers centraux et le niveau socioéconomique des résidents démontre en partie l’appréciation esthétique associée à un « quartier vert ». Dans l’imaginaire collectif, la présence d’arbres et d’espaces végétalisés signifie des activités de plaisance, une ambiance champêtre ou un pique-nique estival.

Au-delà de sa valeur esthétique, la végétation sert aussi, sous le règne anthropique, de dispositif urbanistique permettant le renforcement d’une distinction sociale, le maintien d’une ségrégation spatiale, ou le camouflage d’une réalité jugée indésirable. Pensons à la marge avant qui sépare l’Assemblée nationale de la population, au boisé qui isole le campus de l’Université Laval de la ville, aux arbres qui dissimulent les cours arrières sur le boulevard Charest ou à la bande forestière qui cache une banlieue générique dans les paysages autoroutiers du Québec. Dans l’espace anthropocentrique, le végétal masque le spectacle de la domination de l’humain sur l’humain ; il détourne les regards et apaise les consciences.

ThMallWashington_DC-plan1915-2
L’espace végétal comme symbole de puissance.
National Mall, Washington, D.C., 1915
LA VILLE À ÉCHELLE HUMAINE

Concurremment, dans la ville moderne d’Amérique du Nord, l’hégémonie du transport routier a fait naître une forme urbaine diffuse et peu conviviale ; une ville recouverte de surfaces asphaltées et bétonnées, dominée par la propriété privée et érodée par les usages polluants de la voiture. En moins d’un siècle, l’expansion rapide de cette occupation territoriale, combinée à l’agriculture et la foresterie industrielle, ont anéanti les terres fertiles et les milieux forestiers qui assuraient respectivement la souveraineté alimentaire des noyaux de peuplement historiques et l’habitat d’une faune et d’une flore indigène.

Par exemple, entre 1948 et 2018, la superficie du territoire urbanisé de la ville de Québec s’est multipliée par 12 alors que la population n’a même pas triplé. Après plus de 70 ans d’urbanisation diffuse, la banlieue-dortoir, pour laquelle habiter « près de la nature » implique de la ravager, est devenue le lieu de résidence de plus de 70% des citoyen-nes de la municipalité. Au Canada, ce sont 86% des habitant-es qui vivent à l’extérieur des « noyaux urbains actifs » permettant un quotidien basé sur les transports actifs et collectifs. En d’autres termes, une prison maintenant captif les habitant-es d’une dépendance à la voiture et des carburants qui l’alimentent a été crée au détriment de la vie grâce à un gaspillage historique de terres fertiles.

Face à ces constats et surtout, en réponse à la dépendance automobile, plusieurs spécialistes de l’aménagement prônent la ville à l’échelle humaine. Densifier les milieux bâtis pour rapprocher les gens, faire ses emplettes à distance de marche et vivre une vie affluente, aisée et divertie, c’est ce que nous souhaite cette tendance. Les arbres servent quant à eux à embellir le paysage urbain et agrémenter l’espace public.

Certes appréciable pour sa sensibilité à la proximité physique des corps, son emprise limitée sur le territoire et sa réponse face aux problématiques liées aux usages de la voiture, l’échelle humaine néglige toutefois la principale victime de l’anthropocène : la biodiversité. Les problématiques liées à la destruction des écosystèmes persistent dans les discours qui se présentent comme remèdes à l’étalement urbain. En ce sens, la sémantique de la ville « humaine » rejette encore et toujours les principes fondamentaux du vivant relatif à l’entraide entre espèces. Par cette conception de la ville, l’humain se positionne au centre de l’urbis (et de son hubris), alors que la nature n’est qu’un agrément du même ordre qu’un mobilier urbain, un trottoir ou une chaussée; la faune et la flore n’étant qu’accessoires.

La ville esthétique dissimule une évacuation massive des relations entre vivants, tandis que l’échelle humaine reflète les problèmes relatifs à l’anthropocène, c’est-à-dire l’humain comme seule et unique mesure de l’aménagement des milieux de vie.

De la ville automobile à la ville à échelle humaine. L’arbre comme agrément urbain, déplaçable et replaçable à notre guise.
Peter Calthorpe et William Fulton, 2001.
LA VILLE BÉNÉFIQUE

Aujourd’hui, dans le contexte des bouleversements écologiques, le monde végétal apparaît comme une bouée de sauvetage pour l’humanité. En effet, les études exposant les bénéfices de « l’espace vert » sur l’humain se multiplient : facilitation de l’activité physique, relaxation, réduction du stress, filtration des polluants atmosphériques et sonores, diminution des îlots de chaleur, gains sur la santé publique, augmentation du sentiment de bien-être, etc.

Les surfaces végétalisées sont maintenant largement considérées pour leurs apports sanitaires, mais aussi économiques. À cet effet, de nombreuses études suggèrent d’attribuer une valeur monétaire aux arbres, aux « infrastructures vertes » ainsi qu’aux milieux humides. Dans cette vision, la complexité du vivant est réduite à un vocabulaire technocratique. On ajoute la « nature » à la liste des « équipements » à déployer par une équipe de gestionnaires. On parle de « services écosystémiques » pour qualifier « les multiples avantages que la nature apporte à la société ». On achète des arbres pour compenser des activités polluantes et on intègre simplement la végétalisation et la canopée dans une « trousse d’outils de planification » contribuant à la santé publique, à l’économie de coûts et, plus largement, au bien-être humain. Bref, la nature, les végétaux et les qualités territoriales sont, dans une telle approche, considérés comme un moyen d’amélioration de la condition humaine.

D’une certaine manière, cet engouement pour le verdissement est réjouissant puisque de nombreux végétaux sont plantés et des municipalités adoptent des mesures concrètes pour favoriser l’intégration d’une biodiversité. Toutefois, le problème fondamental de ces pratiques émergentes — la domination de l’humain sur la nature — persiste, tant physiquement que symboliquement. À travers une lunette pragmatique, on tente simplement de répondre à la question suivante : comment la nature peut-elle offrir des services économiques, écologiques ou sanitaires à l’humain? Le tout, sans jamais remettre en cause le sens de nos interactions aux écosystèmes et au monde.

Et si, en partant du fait que le caractère nocif de l’activité humaine est responsable d’une 6e extinction de masse, nous inversions plutôt la réflexion et les pratiques qu’elle sous-tend : comment l’activité humaine peut-elle contribuer au renforcement des écosystèmes? Un tel questionnement renverse profondément la responsabilité de l’humain face à la nature. Et nous croyons qu’il devrait être à la base d’un changement de paradigme permettant une transformation radicale des pratiques culturelles et conduisant à l’émergence d’un rapport de soin et d’empathie de l’humain face au vivant. Mais comment cette nouvelle prémisse peut-elle se traduire en termes d’occupation territoriale?

LA VILLE DU VIVANT

Comme le révèle la multiplication des bouleversements écologiques et la décroissance aujourd’hui imposé par la COVID-19, nous sommes à la fin d’un cycle civilisationnel basé sur l’abstraction des réalités du monde. Pour Pablo Servigne et Gauthier Chapelle, « l’âge de l’entraide doit donc commencer dès maintenant, à tous les niveaux et de manière anticipée […] ». Et en évoquant « l’entraide », les deux biologistes réfèrent à la complémentarité et l’interdépendance essentielles des différentes espèces vivantes ; une co-évolution tout simplement vitale et trop complexe pour être « contrôlée », comprises ou évacuée par l’humain.

Il est alors essentiel de redéfinir les milieux anthropiques comme parties intégrantes et intégrées d’une nature complexe, et non comme composantes externes d’une nature étrangère. À partir de l’occupation territoriale héritée, nous devons impérativement travailler à l’effacement des séparations, physiques et historiques, qui évacuent l’établissement humain des relations écosystémiques et accepter, voire désirer, une perte de « contrôle » sur la nature.

Pour ce faire, un premier exercice pourrait être de répertorier les lignes de subsistance du territoire, soit les conditions fondamentales ayant historiquement permis la cohabitation des espèces et étant aujourd’hui propices au retour d’une biodiversité indigène : climat, hydrographie, géomorphologie, foresterie, etc. À partir de ces réalités territoriales, comment l’établissement humain peut-il contribuer à leur régénération ?

En travaillant conjointement au renforcement des écosystèmes locaux, à la récupération des secteurs délaissés et à la décroissance des milieux humanisés, il devient possible d’organiser un réseau écosystémique complet servant de nervure aux milieux bâtis et d’accroche pour la redéfinition d’un nouveau rapport au monde : reterritorialisation des pratiques culturelles selon les réalités biophysiques régionales, corridors écologiques assurant la continuité écosystémique, réseaux permactulturels et agroforestiers favorables à l’émergence d’une faune et d’une flore indigène, renaturalisation des berges, transformations des friches hydro-électriques en forêts nourricières, conversion des espaces dédiés à la voiture en niches de biodiversité, déminéralisation des surfaces de bitumes, etc.

À l’époque de la dégradation écologique, les actions de verdissement, soutenues par une mobilisation des communautés locales, devraient viser la régénération des sols et de leur microbiologie, la création d’habitats et de conditions favorables aux espèces indigènes ainsi qu’une vision de l’habitation territoriale axée et sur les interactions significatives entre citoyens et nature.

Pour le domaine de l’aménagement, il s’agit d’un réel défi de composer (et laisser-aller) avec une multiplicité renouvelée de perspectives. Effectivement, les interactions à potentialiser sont considérables et ne peuvent pas être entièrement planifiées. C’est pourquoi une portion de l’espace urbain écosystémique peut être réfléchie (plantation de forêts nourricières, conversion de rues en corridors écologiques ou implantation de réseaux permaculturels), alors qu’une autre devrait être laissée dans des conditions d’émergence (auto-organisation, tonte sélective et contrôle des espèces exotiques envahissantes).

Au final, le ralentissement occasionné par la crise de santé publique actuelle doit alimenter la réflexion et, éventuellement, soutenir l’action. Sans transformations radicales des pratiques culturelles, nous léguerons aux générations suivantes une condition humaine fragilisée et peu résiliente face aux grands bouleversements climatiques.

Pour comprendre le rôle essentiel de la biodiversité, cette dernière doit systématiquement intégrer les discours, les mentalités et les milieux de vie. D’une ville à l’échelle humaine, anthropocentrique, érigeons une ville à l’échelle du vivant, anthropo-biocentrique, dans laquelle l’humain prend soin du territoire et des espèces avec lesquelles il cohabite.

20-03-24_DufferinAvant
La ville anthropocentrique : secteur autoroutier Dufferin-Montmorency dans Limoilou.
Photo : Simon Parent 2018
20-03-24_DufferinApres
La ville anthropo-biocentrique permettant une cohabitation du vivant.
Nature Québec 2020

avecPhilippe-Daniel Deshaies
pour Nature Québec

London

London - Ben

Ça faisait longtemps que je rêvais de mettre les pieds sur le sol anglais. C’est comme si Londres nous attendait, depuis le temps que Sandrine nous en parlait…

Cette merveille anglaise n’a rien de déstabilisant pour un Québécois. Au contraire, je dirais que la culture anglo-saxonne a été beaucoup plus influente pour le Québec que celle des Français a pu l’être. On s’y sentais comme chez nous, à l’exception d’un décor beaucoup plus raffiné, d’une éducation supérieure beaucoup plus tangible – « knowledge is power », comme les Anglais se plaisent à l’écrire un peu partout – et d’un accent anglais tout simplement parfait. Sans que cela soit un point positif, la rapidité des mouvements s’apparente étrangement à une vitesse nord-américaine. Je n’avais jamais vu un métro si efficace. Les flux sont beaucoup plus denses que dans les autres grandes villes européennes, le rythme de vie y semble accéléré; c’est probablement ce qui nous a remémoré l’Amérique.

Pour être franc, j’ai adoré Londres. Tout est si propre, tout est si beau. Les gens sont extrêmement soignés, mais restent très accessibles. Nous avons toujours eu droit à des sourires sincères accompagnés d’un « hello » mélodieux lorsque nous mettions les pieds dans une boutique ou dans un restaurant. La ville reflète très bien ses occupants. le patrimoine est tellement bien entretenu qu’il s’agence parfaitement aux interventions d’aujourd’hui. L’architecture généralement revêtue de pierre ou de maçonnerie aux couleurs rougeâtres est d’une élégance irréprochable. Les lignes franches qui la définissent indiquent une rigueur imposante tout en laissant transparaître une forme de rationalité. Les Anglais ont – et ont toujours eu – une très belle culture de l’architecture.

Malgré la beauté incontestable du centre, il fait bon s’en éloigner, car c’est dans les quartiers périphériques que réside toute l’effervescence de la jeunesse anglaise. Le Brick Lane et son abondance de « vintage shops » ont su nous tenir occupés pour un moment tandis que Camden Town et ses superbes marchés nous en ont mis plein la vue. C’est d’ailleurs dans ce dernier que nous avons pu profiter d’un fameux « English breakfast » en compagnie d’Audray, Étienne et Sandrine; un autre bonheur qui nous remémorait la maison. Nous avons beaucoup marché à travers ces quartiers qui possèdent chacun une forte personnalité et qui, dans l’ensemble, créent la beauté de cette ville anglaise foisonnante. Il faut y marcher sans objectif précis; flâner et se laisser surprendre.

De plus, comme les Anglais accordent une grande importance à la culture, la plupart des musées sont gratuits. Parfait pour des étudiants en échange qui cherchent à alimenter leur créativité. Nous avons donc fait le tour du Tate pour apprécier gratuitement la collection de Rothko et avons goûté brièvement au British Museum. Il faudrait des semaines pour faire le tour de tous les musées au moins une fois. C’est une ville très riche – à tous les niveaux – qui vaut certainement la peine d’être vécue sur une longue période…

À très bientôt London.london - cliche london - detailslondon - finesselondon - tateLondon - RothkoLondon - Soholondon's eyelondon - eclectismeLondon - speedLondon - Steellondon - foldsLondon - gallery London - CamdenLondon - marketLondon - green and brick London - park

Lisboa

tramway

Après avoir brièvement goûté au Portugal suite à notre visite à Porto, j’avais envie de faire découvrir ce sublime pays à ma mère – la dame sur fond rose – qui venait faire un tour de l’autre côté de l’océan. Quoi de mieux que cinq jours à Lisbonne pour s’imprégner à nouveau des charmes de la culture portugaise?

Les premiers jours ont été consacrés à la rencontre de la ville; nous tentions de faire connaissance par le biais de la marche. Nous avons donc favorisé les courtes distances et les découvertes spontanées. Il n’y avait pas vraiment d’objectif. La capitale portugaise est assez grande, il a de quoi se laisser surprendre. Nos premières impressions nous ont vite remémoré Porto: une culture de l’échange valorisée par la convivialité des espaces publics, l’effervescence des rues et l’interaction humaine qui animent l’espace collectif. Il n’y a pas vraiment d’artifice; le capitalisme brille par son effacement tandis que c’est le pouls du prolétariat qui façonne l’architecture de tous les jours. De plus, l’abondance de textures et de couleurs en façade nous rappelle constamment que les bâtiments sont habités. Les activités quotidiennes sont très bien mises en valeur; on peut lire le vécu de la ville à travers les nombreuses couches du bâti.

Déambuler dans les rues nous a permis de faire de très belles trouvailles: un marché local absolument magnifique dans lequel des restaurateurs régionaux desservent un espace partagé, des boutiques d’artisans qui travaillent la céramique ou le textile par l’entremise de leurs mains, des points d’observation sublimes qui laissent percevoir l’ensemble de la ville ceinturée par les paysages, des promenades sinueuses qui embrassent les bordures de l’océan et des espaces publics vivants animés par l’activité des commerces périphériques. J’adore l’authenticité qui se dégage de la culture portugaise.

Évidemment, la nourriture était très bonne malgré des coûts un petit peu plus élevés qu’à Porto. Les fruits de mer que nous avons goûtés en soirée étaient très frais, les saveurs étaient assez variées et nous avons bien profité des repas conviviaux en formule tapas. Pour ce qui est des pâtisseries, c’est à Bélem que nous avons pu goûter au fameux Pasteis de Bélem qui mérite d’ailleurs très bien sa grande réputation. Cette petite tartelette qui ressemble à un flan est tout simplement délectable. Pour en avoir goûté à plusieurs reprises lors de nos deux séjours au Portugal, c’est celle de Bélem qui remporte haut la main la compétition. Rien de mieux pour commencer un après-midi qu’un bon café accompagné de ce petit délice.

Enfin, nous avons terminé notre séjour dans la ville de Sintra. Cette zone fragmentée est l’harmonie parfaite entre les paysages naturels et un grand patrimoine culturel. La ville se vit comme une réserve naturelle ou un parc ponctué par des chefs d’oeuvres architecturaux aux influences multiples. On y retrouve aussi bien des ruines romanes que des palais, comme Pena, aux styles éclectiques revêtus de couleurs très vives. Pour passer d’une construction à l’autre, il faut traverser un espace végétal épargné par tous les travaux. Cet intermédiaire possède une très forte présence et s’étale sur une grande superficie. On sent que malgré l’activité humaine qui cherche à consommer ses racines, l’environnement est sien et il le restera. L’air y est très bon, filtré par un végétal d’une maturité surprenante. Le tout s’implante dans un paysage aux limites imperceptibles qui impose un grand silence et qui permet à tout humain de prendre conscience de sa petitesse.

Merci mom pour cette semaine, ce fut un plaisirs de partager ces moments avec toi. Xx

Fenêtrespinkstackselevadorpink ladychurchhalf and halfking of the hillredbus stationluxury spacetrought doorrunsweet momentwaterfront

Praha

details

Nous étions à Prague pour fêter Noël. C’est donc ce que nous avons fait. 22 Québécois réunit le 24 décembre à plus de 2500 kilomètres de nos résidences respectives. Ça’ fêter fôrt, comme on dit. Nous avons eu droit à des soirées bien arrosées. Ce n’est toutefois pas ce qui nous a empêché de profiter pleinement de notre séjour dans cette magnifique ville que nous n’avons pas manqué de visiter.

La capitale de la République tchèque est si belle. Son charme réside principalement dans son authenticité. La transparence de son histoire se lit aisément dans les nombreux styles architecturaux qui se manifestent dans ses rues. Les époques dialoguent entre elles pour établir un vocabulaire parfaitement harmonieux. En quelques minutes de marche, on passe d’une architecture romane à du gothique pour se retrouver devant du baroque. Je n’ai jamais vu autant de détails appliqués à l’architecture du quotidien. La multitude de clochers qui se projettent vers les cieux semblent avoir été tracés au pinceau. C’est tout simplement superbe.

La guerre a bien épargné ce petit bijou d’Europe centrale. L’architecture témoigne avec brio des différentes époques que cette ville a pu traverser. Il fait bon y marcher, même si l’automobile prend toujours trop de place. La ville est scindée en deux par le Danube. Ce fleuve et son activité navale offrent un spectacle envoûtant. On peut y passer des heures à regarder les ponts danser au rythme de l’eau.

transitiontrafficdancestudslight structurecolorskeep your moneysymetrieatmospheremarket placebarroquepink

Porto

Porto - connections

Porto, sublime ville portuaire. Un vrai délice. Cette agglomération portugaise semble avoir été façonnée par l’eau et ses mouvements au fil du temps. La ville s’inscrit comme une forme d’acceptation des forces de la nature; elle s’y plie et l’épouse parfaitement. Un dialogue harmonieux prend place entre l’humain, ses créations et le paysage naturel qu’il habite. Le rythme y est plus lent. Les rues sinueuses embrassent à merveille le fort relief qui les supporte, permettant à tout marcheur de se faire bercer par les paysages montagneux. On ne monte pas la montagne; c’est elle qui nous porte.

L’abondance des textures engendrées par la petitesse des éléments qui composent la ville enrichie fortement l’expérience sensorielle. Des tapis de pavage aux formes et aux couleurs multiples accompagnent chaque enjambé tandis que des assemblages de pierres et de céramiques stimulent constamment le regard. Le centre historique se traverse à merveille. On peut y marcher pendant des heures sans objectif précis; se laisser impressionner suffit. Les ponts qui se projettent d’une rive à l’autre pour assembler les rives bonifient toute forme de promenade. Leur rôle de circulation est fortement éclipsé par celui de la contemplation. Le spectacle qu’ils offrent est tout simplement sublime; une ville stratifiée de son vécue. Je n’ai jamais traversé un pont aussi lentement…

Nous y avons passé cinq jours. La température était parfaite. L’humidité présente dans l’air nous remémorait constamment la proximité de l’océan. Nous avons goûté pleinement à cette chaleureuse culture portugaise. Leur nourriture est excellente et très diversifiée. Tout est si abordable: une bière pour 0,50€, un pastel de nata pour 1€, une bouteille de porto pour 5€, un repas complet pour 8€… De plus, il est toujours agréable de profiter de l’apéro sur une terrasse en période hivernale. Alejandro, un russe fort sympathique que nous avons rencontré à l’auberge, nous a partagé ce type d’activité le temps d’une journée. Nous avons échangés quelques rires tandis que nous tentions de partager nos dialectes respectifs. Une belle rencontre éphémère. Spaciba Alejandro!

Porto - sunraysPorto - lifePorto - balconies    Porto - upstairsPorto - musician + ceramicPorto - gender   Porto - orange roofs Porto - quotidien Porto - stackingPorto - spectacle    Porto - filterPorto - wave

Montpellier

bellsUne petite visite chez les montpelliérains pour terminer novembre en beauté. On a eu droit à une superbe température. Rien de trop froid, généralement au dessus des 20 degrés. Il n’y avait pas de quoi se plaindre. Pour un Québécois, il est toujours intéressant de voir des gens prendre l’apéro sur les terrasses juste avant d’entamer la période des fêtes! On pourrait y prendre goût…

Nous avons profité de ce séjour de façon assez désinvolte. Rien de particulier à l’esprit; découvrir librement. Ça fait du bien. Les rues étroites et sinueuses de la vielle ville nous berçaient tandis que la pigmentation chaleureuse des pierres antiques qui habillent l’architecture nous réconfortait. Beaucoup de détails, beaucoup de vestiges, beaucoup de vécu; c’était plutôt agréable pour le regard.

Les restaurants que nous avons essayés au hasard furent de très belles découvertes! Le gratin dauphinois et les burgers étaient trop bons! Côté alcool, même si là n’était pas notre intention, nous y avons bien gouté. Ma plus belle découverte est la délirium: un petit délice belge fortement alcoolisé qui nous a bien charmés. Sinon, pour le vin, disons que nous sommes assez bien tombés puisque lors de notre bref séjour se déroulait la fêtes des vignes. Quel heureux hasard! En gros, ça ressemble à un marché de noël, mais avec seulement des kiosques de vin provenant de la région.

Le principe était assez simple: à l’entrée, on nous faisait payer 3 euros en échange desquels on nous remettait 3 coupons de dégustation et une coupe à vin en verre. Notre argent était déjà leur! Nous avons donc amorcé la découverte des petits kiosques sans trop savoir où nous lancer; deux amateurs en cavale dans une marée de simili-bourgeois aux fines bouches… Nous n’avions plus d’autre choix que de nous inventer une logique implacable: plus la file est longue, plus le vin est bon! Arrivés au bout de notre première file, le vigneron a sympathiquement refusé du revers de la main notre coupon après nous avoir remis à chacun une coupe de son vin. C’est à ce moment que nous avons compris qu’il était possible de faire le tour de tous les produits sans même devoir payer. Nous avons donc passé le reste de la soirée à jouer les fins connaisseurs en rôdant autour des kiosques et en acquiesçant silencieusement les commentaires des vignerons qui nous présentaient leurs produits. Que de plaisir, merci Montpellier!

Lightspray for parisrichesseverticalsfloating texturespique-niquebreathing

Berlin

Berlin - Upstairs

Berlin, jusqu’à présent, mon coup de coeur. J’ai eu deux impressions complètement antinomiques de cette ville Allemande. C’était, avant tout très froid, d’une rigueur imposante et déstabilisante. Les bâtiments sont surdimensionnés, leurs proportions monumentales sont exagérées et inadéquates pour l’humain. Ils sont d’une rigueur reflétant la supériorité des régimes autoritaires qui ont pu régner sur cette région. On comprend très bien le message qui était lancé au prolétariat. Le passé de cette ville est lourd. Tout est tellement frais dans la mémoire collective, c’est délicat. L’horreur véhiculée par les nazis est encore beaucoup trop récente…

La démolition du mur de Berlin annonce clairement une nouvelle ère, un nouveau souffle pour les habitants. Une grande cicatrice marque toutefois le territoire, physiquement et psychologiquement. On sent que tout n’est pas réglé. C’est comme si le conflit social avait pris une autre tournure. Le capitalisme a repris le rôle autoritaire en imposant son activité déloyale et ses construction rigides, à l’image des grandes industries. Le pouvoir de ces grandes sociétés anéanti tout espoir de réussite des petites entreprises locales. Une soif de profit règne toujours, au détriment de toute forme de qualité de vie. Same shit, different day.

Après quelques jours, nous commencions à étouffer dans cette  ville parsemée de monuments et de mémoriaux à l’effigie des horreurs du passé. Nous avons cherché à découvrir la ville autrement, à sortir des quartiers qu’on cherche à nous mettre sous le nez. C’est la meilleure idée que nous avons pu avoir considérant que c’est à ce moment que Berlin s’est révélé. Nous avons enfin rencontré les humains qui y résident ou plutôt l’expression qui les anime. Nous avons découvert ce désir, tout ce qu’il a de plus humain, de véhiculer un message; l’art, pure et dure. Une forme de rage contre l’oppression, un éveil collectif. C’est par l’art qu’on peut ressentir cette âme qui appartient à Berlin, cette vie, qui donne tout son aspect humain à la ville et qui s’exprime avec ardeur. On sent une soif de changement et un désir de renouveau. Les murs sont tapissés de chefs d’oeuvres provenant de la rue qui donnent à l’architecture sévère une façade humaine. C’est très puissant et je dirais, surtout, nécessaire. Il est bon de ressentir aussi fortement la présence de l’humain.

Berlin, j’ai déjà hâte de te retrouver.

Berlin - reconciliationBerlin - crossBerlin - come inBerlin - falling leavesBerlin - Oscar NiemeyerBerlin - see troughBerlin - Gropius, BauhausBerlin - FosterBerlin - Carlton & blueBerlin - Quality neighbourhoodBerlin - AshBerlin - Welcome to Berlin