11. Savoirs autochtones, spiritualité et respect du vivant

Discussion concernant les savoirs autochtones, la spiritualité et le respect du vivant avec Isabelle Kun-Nipiu, La Métisse, suivie d’une chronique de Roxy Russel présentant le démarche artistique du Collectif Laberge-Russell.

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La CAQ, le G15+ et l’Alliance Arianne, ou comment condamner le territoire à une mort certaine

Récemment, on apprenait l’intention de la CAQ d’ouvrir « un vaste chantier afin de dépoussiérer la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme, qui n’a pas fait l’objet de refonte majeure depuis 1979. Les consultations menées au cours des prochains mois s’attarderont sur des sujets aussi divers que l’étalement urbain, la gestion des inondations, la protection du patrimoine, la préservation des terres agricoles et la fiscalité. L’exercice conduira à l’élaboration, dans un an, d’une Stratégie nationale d’urbanisme et d’aménagement des territoires.1 »

L’ouverture d’une réflexion territoriale est fondamentale et représente, en soi, une très bonne nouvelle. Il suffit de s’intéresser moindrement aux dynamiques territoriales historiques pour comprendre que l’expansion effrénée des établissements humains au courant des derniers siècles s’est produite au détriment des milieux forestiers et des terres agricoles qui assuraient respectivement un certain équilibre écosystémique et une souveraineté alimentaire aux populations locales.

Or, ce ravage perpétuel des milieux dits « naturels » et des terres fertiles au nom du développement immobilier et de la croissance nous lègue aujourd’hui une condition territoriale extrêmement fragilisée: les écosystèmes assurant le maintien de nos propres conditions d’existence se sont dangereusement dégradés et, d’un point de vue de l’approvisionnement alimentaire, nous produisons environ 30% des aliments que nous consommons, ce qui affaiblit grandement nos conditions de subsistance et nous rend vulnérables face à des bouleversements bio-climatiques et sociaux croissants (inondations, sécheresses, incendies, appauvrissement des sols, inégalités sociales, conflits géo-politiques, mutations des échanges, etc.).

Il est donc essentiel, en effet, d’interroger en profondeur nos rapports au territoire: comment établir une relation co-évolutive entre les milieux humanisés et les écosystèmes régionaux? Comment enraciner nos pratiques culturelles dans les réalités territoriales? Comment organiser la mobilité collective pour évacuer l’automobile de l’équation? Comment repenser notre alimentation afin qu’elle s’adapte aux réalités bio-régionales et qu’elle prenne en compte la régénération du vivant (dont l’enrichissement des sols)? Et comment interagir avec cette biodiversité afin d’en faire bénéficier les communautés biotiques?

Une première étape essentielle est d’abord de reconnaitre le caractère destructeur de nos activités quotidiennes, industrialisées et complètement déterritorialisées; en faire le deuil. À ce sujet, un rapport britannique récent rappelait que « si l’humanité a immensément prospéré ces dernières décennies, la manière dont nous avons atteint cette prospérité fait qu’elle a été acquise à un coût dévastateur pour la nature.2 » Et Philippe-Daniel Deshaies illustre assez bien, dans ses propos, le gouffre qui sépare nos activités quotidiennes, distraites et oisives, d’une relation de conscience territoriale, active et participante.3 Il est donc primordial d’accepter que notre confort matériel et nos existences consuméristes soient rendus possibles uniquement grâce à la destruction effrénée du monde.

Ensuite, si l’on veut réellement comprendre ce que signifie l’annonce de ce « vaste chantier » pour le territoire du Québec, il semble important de porter un regard attentif sur les organisations invitées par la CAQ, parmi lesquelles siègent le G15+ et l’Alliance Ariane; des groupes qui se présentent comme « leaders » et grands sauveurs.

En fait, la co-présence du Conseil du patronat du Québec, de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), de grands assureurs, de banquiers, de regroupements de promoteurs, de groupes soi-disant « environnementaux » comme Vivre en Ville ou le Conseil régional de l’environnement – région de la Capitale-Nationale, et d’une organisation syndicale comme L’Union des producteurs agricoles – UPA reflète parfaitement les dynamiques territoriales qu’on tente d’implanter ou, dans certains cas, de sauvegarder: la croissance continue des milieux urbanisés, la préservation des existences urbaines et consuméristes, la gentrification perpétuelle des centres urbains (basée sur la hausse du capital foncier), le renforcement des inégalités sociales (l’accessibilité toujours plus difficile pour les populations vulnérables au logement), le maintient de l’emprise des entreprises privées sur le développement territorial, l’affaiblissement des perspectives agricoles ou horticoles paysannes (sous l’emprise monopolistique de l’UPA) et la « relance » économique pour une exploitation continue du monde.

« Béatrice Alain, [directrice du Chantier de l’économie sociale], croit pour sa part que la participation d’organisations comme la Fédération des chambres de commerce et le Conseil du patronat aux côtés de groupes écologistes et sociaux démontre une volonté commune d’améliorer l’aménagement des territoires.4 »

Évidemment, lorsqu’on est en accord avec les prémisses d’une démarche, ou qu’on y trouve son compte en obtenant les grâces des dominants, on finit par se taire, accepter l’inacceptable et trouver des solutions « gagnant-gagnant »5 ; une posture médiocre qui oblige les compromis, et les sacrifices.

Et les plus grands absents, ou disons les « sacrifiés », dans ce type de démarche « top-down » de planification territoriale sont, comme toujours, les populations vulnérables et, plus largement, les communautés du vivant.

En ce sens, la seule chose de « verte » qui puisse aujourd’hui être planifiée de manière à réellement renforcer la biodiversité à l’échelle territoriale tout en adressant sérieusement les enjeux bio-climatiques du XXIe siècle est un retrait des milieux humanisés, une régénération massive des écosystèmes, une baisse drastique des niveaux de confort de la « classe moyenne » et des plus privilégié-es, un questionnement profond sur l’usage des énergies en général (une décroissance), une réflexion holistique cherchant à extraire les énergies fossiles de l’architecture et une reterritorialisation des pratiques culturelles.

Et pour ça, il faut avoir la force d’accepter, collectivement, que les promoteurs ne feront plus de profits sur les sols, que les banquiers ne dicteront plus nos échanges, que nos existences consuméristes rendues possibles grâce aux énergies fossiles ne pourront plus être maintenues, que la consommation d’externalités ne pourra plus être au centre des milieux humanisés, que les cultures locales devront s’adapter en fonction des réalités bio-physiques spécifiques au lieu, que les aliments proviennent des sols, que la Terre a des cycles, que les communautés du vivant doivent être respectées, que nous sommes tributaires de la santé des écosystèmes et que les sols n’appartiennent à personnes.

Des collaborations comme celle que nous annonce la CAQ sont tout simplement pathétiques; on nous annonce, en somme, le maintien des activités humaines qui perpétuent la destruction du monde et la croissance des inégalités sociales. Ce « growth coalition » exacerbe les problèmes civilisationnels et nous conduit tout droit vers la catastrophe.

Mais où sont les véritables écologistes !?

  1. Le Devoir, 08 février 2021. Québec veut faire le ménage dans les règles d’urbanisme. En ligne:
    https://www.ledevoir.com/societe/transports-urbanisme/594786/quebec-veut-faire-le-menage-dans-les-regles-d-urbanisme?utm_medium=Social&utm_campaign=Autopost&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR0JKSC2dz_3svKdFirBtczgfWvGh2C__tD7LQhqg8b-6dBB6yn-MUTebE4#Echobox=1612761494
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  2. Le Monde, 02 février 2021. La croissance à un coût dévastateur pour la nature selon un rapport britannique. En ligne:
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/02/02/la-croissance-a-un-cout-devastateur-pour-la-nature-selon-un-rapport-britannique_6068463_3244.html?fbclid=IwAR39JnPc8FFX8EmNBYSdbAcpTayxZcCq-R0BxUw1eItTPsYftx2waKGPVlU
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  3. Philippe-Daniel Deshaies. 02 février 2021. Civilisation, résilience et territorialité. En ligne:
    https://simonparent.com/2021/02/02/05-civilisation-resilience-et-territorialite/
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  4. Le Devoir, 08 février 2021. Québec veut faire le ménage dans les règles d’urbanisme.
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  5. Le 3 mars 2021, Vivre en Ville tiendra un événement intitulé « Densificiation Gagnant-gagnant. Comment faire? » Ou comment annoncer une posture médiocre caractérisée par le compromis? En ligne: https://www.facebook.com/events/703254083669846/

La vision Chaudière: un écocide annoncé

L’anthropocentrisme: une menace pour le vivant

Dans son «portrait du territoire» concernant le développement du secteur Chaudière1, la ville de Québec expose une analyse caractérisée par l’ignorance du vivant, la domination de l’humain sur le non-humain et l’abstraction des réalités biophysiques du monde; une analyse totalement anthropocentrique.

D’abord, les quatre grands thèmes présentés dans le document sont les suivants: «activités et vocation», «cadre bâti et aménagement du domaine privé», «mobilité et déplacements» et «aménagement des rues et des espaces verts ou publics». On y parle notamment, sous la forme de points très peu élaborés, de la prédominance des tissus génériques, diffus et monofonctionnels de la banlieue, des espaces dédiés à une consommation de masse mondialisée (IKEA et «powercenter») et de l’étalement urbain en cours (domaine le Gendre).

Dans le document de 32 pages, on présente une analyse des tissus limitrophes, des images génériques de ce que pourrait être un milieu humanisé orienté sur la consommation, des schémas d’aménagement insignifiants montrant de grandes zones colorées et un portrait pathétique de la mobilité exposant le caractère autocentré des milieux limitrophes. Mais jamais on ne mentionne ce qui compose les boisés et les friches, ces lieux de biodiversité que la ville nomme «espaces vacants» ou «grands terrains non occupés à leur plein potentiel». Ce document est plutôt l’annonce d’une expansion des milieux humanisés au détriment des milieux dits «naturels»; le prolongement des milieux urbanisés; l’étalement urbain.

Ignorance ou malhonnêteté?

En fait, sur 32 pages, une regroupe les noms de cinq parcs du secteur et une autre annonce une intention «d’aménager» des «espaces verts» consacrés au divertissement des humains qui habiteront le secteur Chaudière. On annonce que les boisés seront humanisés (aménagés). Et c’est la seule attention portée à ces lieux de biodiversité. Pourtant, les espaces végétalisés abritant une biodiversité constituent plus de 80% des superficies concernées par les transformations (figure 1). Ce n’est donc pas parce qu’on fait abstraction d’un boisé sur une représentation graphique qu’il n’existe pas (figure 2). Une représentation aussi simpliste du lieu témoigne simplement de la pauvreté de l’esprit qui l’a dessiné.

Figure 1. Secteur Chaudière concerné par les transformations: un espace majoritairement occupé par une faune et une flore indigène.

Figure 2. Représentation graphique du secteur Chaudière: le blanc comme abstraction des réalités biophysiques du lieu.

Établir un portrait honnête du secteur concerné par les transformations reviendrait alors à établir une liste des espèces vivantes qui habitent le milieu: flore, faune, insectes et microbiologie. Pourtant, hormis sa présence sur quelques photos annonçant son ravage, cette biodiversité brille par son absence. N’est-ce pas là une preuve suffisante du manque total de respect qu’exprime l’administration municipale envers le vivant? Elle ne considère simplement pas son existence.

Et, comme démonstration flagrante du mépris qu’ont les fonctionnaires envers les communautés biotiques, on ose qualifier une friche de «terrains vacants» (figure 3), comme si la seule raison d’être de ce sol était d’accueillir une construction anthropique. Ainsi, pour cette mentalité de colon capitaliste qui accapare le vivant pour satisfaire ses propres intérêts, le sol est «vacant» jusqu’à ce qu’une construction lucrative y soit érigée.

Figure 3. Des «terrains vacants» qui sont l’habitat d’une faune, une flore et une microbiologie indigène. Source: Ville de Québec, 2020. Vision – Secteur Chaudière: Portrait du territoire

Mais ce vocabulaire réducteur n’est que la pointe de l’iceberg. Dans le document qui témoigne d’un esprit administratif complètement limité, on peut lire l’énoncé suivant concernant les potentiels d’expansion du cadre bâti: «[p]eu de contraintes d’insertion étant donné les vastes étendues disponibles»2. Autrement dit, pour les fonctionnaires de la ville de Québec, un espace de biodiversité est un espace que l’humanité peut ravager sans contraintes et sans scrupules. Mais n’est-ce pas précisément ce type de raisonnement dangereux qui nous a menés à une extinction de masse et un effondrement des écosystèmes? Détruire le vivant pour satisfaire les besoins insatiables de l’humanité, c’est le propre de l’Anthropocène.

Ceci n’est pas un TOD, c’est un écocide

Enfin, annoncer un TOD pour justifier le ravage d’un milieu boisé et de sols potentiellement fertiles est un exercice d’une profonde malhonnêteté intellectuelle.

Un tramway est une infrastructure sur rails qui devrait servir à consolider la desserte des transports collectifs dans les milieux déjà humanisés afin de réduire drastiquement l’utilisation de la voiture tout en desservant un plus grand nombre de personnes possibles. Et le TOD devrait servir à faciliter le passage d’un mode de transport collectif à l’autre dans un milieu donné, en priorisant toujours la marche.

Or, dans le cas du secteur Chaudière, le tramway ne peut pas servir à l’implantation d’un TOD puisque le milieu bâti est pratiquement inexistant. Urbaniser en détruisant un boisé pour ensuite qualifier le nouveau secteur de «TOD» est plutôt simpliste. L’usage de ce mot apparaît alors comme une nouvelle tentative de «greenwashing» (après l’échec lamentable des «écoquartiers») servant à faire avaler le ravage d’un lieu de biodiversité aux groupes soi-disant environnementaux de Québec.

Le passage du tramway dans le secteur n’est rien d’autre qu’un levier pour la spéculation foncière, un justificatif pour le ravage des milieux naturels et une opportunité d’étalement urbain servant à faire augmenter le revenu foncier de l’administration publique. Il faudra expliquer à nos enfants que c’est parce que les arbres ne payaient pas de taxes que nous les avons massacrés alors que nous savions très bien qu’ils contribuaient au maintien de nos propres conditions d’existence.

Bref, nous vivons à une époque de fragilité où l’humanité a trop empiété sur les milieux naturels. Les seuils biophysiques sont dépassés et repoussés chaque année3. La capacité planétaire de renouvellement des ressources ne peut, en aucun cas, soutenir nos modes de vie consuméristes. Dans ce contexte, planifier l’expansion des milieux humanisés au détriment des boisés devrait être un crime. Et ce type de «consultation publique» ne devrait jamais avoir lieu. Les écosystèmes où peuvent s’épanouir pleinement les communautés biotiques sont ce qu’il y a de plus précieux sur cette Terre en cette époque d’Anthropocène. Leur destruction massive est un écocide. Et jamais un TOD, aussi «écologique» soit le discours qu’on tentera de lui accoler, ne pourra contribuer au rétablissement d’un quelconque équilibre écosystémique.

La seule réponse qui puisse permettre un réel gain écologique pour le secteur est un renforcement des écosystèmes participant à la régénération des communautés biotiques indigènes. Et pour arriver à un tel résultat, le tramway ne doit jamais traverser le secteur Chaudière et l’urbanisation prévue ne doit jamais voir le jour. Les seuls motifs qui devraient, sur l’ensemble du territoire, justifier l’implantation du réseau structurant de transport collectif (RSTC) est le suivant: la planification du retrait des milieux humanisés permettant une régénération des écosystèmes locaux. Pas l’urbanisation, ni le développement immobilier ou encore la hausse des taxes foncières, mais bien la régénération du vivant.

Le développement du secteur Chaudière n’est pas un TOD, c’est un écocide.

Références:

1. Ville de Québec, 2020. Vision – Secteur Chaudière: Portrait du territoire.En ligne: https://www.ville.quebec.qc.ca/apropos/planification-orientations/amenagement_urbain/visions/secteur-chaudiere/docs/VisionChaudiere_ConsultationPubliqueAmont_2020-06-11.pdf

2. Ibid., p. 26.

3. 2021 Earth Overshoot Day. P ast Earth Overshoot Days.En ligne: https://www.overshootday.org/newsroom/past-earth-overshoot-days/

Reterritorialisons Québec

L’asservissement mondial aux logiques néolibérales est quasi total. Pensons à l’emprise de la propriété privée sur le territoire, le salariat sur le temps, GAFAM sur les données personnelles, Monsanto sur la production agricole, Nestlé sur les bassins hydrographiques, la publicité sur la sphère publique, l’oligopole automobile sur les déplacements, l’industrie pétrolière sur la matérialité…

En Amérique du Nord, l’une des seules activités urbaines rendues possibles hors de l’habitation est la consommation. Le réseau autoroutier, tel un système artériel qui conduit les flux sanguins vers les organes vitaux, raccorde les automobilistes aux centres commerciaux ; des temples voués à la consommation. En ville, c’est l’artère commerciale reprend cette charge sémantique. Aux dimanches passés à l’église ont succédé des séances de magasinage.

La résultante physique du libéralisme

Dans ce contexte, il est alors essentiel de comprendre que l’occupation territoriale dont nous héritons est le produit de l’érosion du bien commun par des intérêts privés : rue privée, terrain privé, espace privé, mobilité privée, pratique privée, boisé privé…

À Québec, ce rapport hégémonique a engendré une ville diffuse à la fois physiquement, socialement et géopolitiquement, dominée par ses banlieues-dortoirs. En 70 ans, la superficie du territoire urbanisé s’est multipliée par douze alors que la population n’a même pas triplé. Et les fusions municipales de 2002 ont complété l’absorption des quartiers historiques par les tissus périphériques. Résultat : plus de 70 % des citoyen·ne·s s de la ville résident aujourd’hui dans une banlieue où règne l’isolement social, l’abondance des ressources matérielles et l’exclusivité des usages de la voiture1 ; un cercle vicieux qui confère assurément le pouvoir à des élu·e·s reflétant cette réalité sociale dominante et qui désavantage systématiquement les habitant·e·s des quartiers centraux.

Puis, profitant de la captivité des automobilistes et du financement privé offert par l’industrie de consommation, des animateurs toxiques de radios-poubelles, tels qu’André Arthur, Jeff Fillion et Éric Duhaime, dénigrent quotidiennement tout ce qui diffère des modes vie égoïstes qu’ils représentent : autochtones, écologistes, féministes, artistes, cyclistes, pauvres, groupes communautaires, locataires2

La culture néolibérale a colonisé les mentalités et la forme physique de l’occupation territoriale tout en veillant au maintien de son monde cancérigène. Alors, comment sortir de cette prison ?

Un message de Gaïa

Depuis des décennies, l’écologie se heurte à l’indifférence d’une classe dominante qui, au nom de la sacro-sainte économie et d’une accumulation infinie du capital, refuse catégoriquement de remettre en cause des modes de production écocidaires faisant abstraction des réalités du monde. Alors qu’il semblait impossible de sensibiliser la population à la corrélation entre nos modes de vie post-modernes et les bouleversements écosystémiques, la Covid-19 a réalisé l’improbable : en seulement quelques semaines, le virus a imposé un frein à l’économie mondiale, révélé la fragilité des structures locales et fait resurgir un élan de solidarité. Soudainement, il est devenu possible d’instaurer des mécanismes étatiques capables d’organiser une transformation des pratiques sociales à l’échelle mondiale.

Ce ralentissement imposé par les forces du vivant apparaît alors comme une véritable occasion et une preuve de notre capacité à transformer les communautés locales de manière à faire émerger une culture de l’entraide. Gaïa a ouvert un champ des possibles. Maintenant, comment saisir ce nœud événementiel pour éveiller une conscience du lieu, reterritorialiser les pratiques culturelles et renouer avec le vivant ?

L’ossature d’une résilience collective

En partant du constat qu’au Québec, la banlieue diffuse est la réalité physico-spatiale dominante et que la mobilité est responsable de 43% des émissions totales de GES, un investissement essentiel serait la récupération et la nationalisation de l’ossature ferroviaire qui a structuré l’établissement humain pendant plus de 100 ans. Rappelons que cette dernière a été négligée, abandonnée ou convertie depuis l’émergence des transports routiers au tournant de la 2e guerre mondiale, mais qu’il suffirait simplement de la réinvestir pour relier l’ensemble du Québec. Un tel projet, en plus de collectiviser les déplacements provinciaux, réduire les émissions de GES liées aux transports et affaiblir l’emprise des oligopoles automobile et pétrolier sur nos vies, offrirait une chance réelle de repenser radicalement l’occupation territoriale depuis deux objectifs précis : régénérer les écosystèmes et assurer la résilience des communautés locales.

Les corridors ferroviaires, puisqu’ils traversent la quasi-totalité de la province, pourraient servir d’ancrage physique pour l’émergence d’un nouveau rapport au monde. À partir des gares et des conditions territoriales spécifiques à chaque région, une réflexion profonde sur l’établissement humain permettrait d’implanter des modes de gouvernance favorables à l’autodétermination, resserrer les limites de l’urbanisation et définir des pratiques culturelles respectueuses des conditions locales. De plus, une réflexion intégrant les communautés autochtones offrirait une meilleure compréhension des conditions fondamentales du territoire et des possibilités de régénération des écosystémiques favorables à la cohabitation des espèces. La gare comme nœud spatio-temporel permettrait d’élaborer des pactes de souveraineté alimentaire entre les milieux habités et les espaces nourriciers de proximité, de renforcer les communs par la multiplication de fiducies foncières à vocations écologique et sociale, de valoriser des savoir-faire territoriaux propre aux réalités bio-physiques du lieu, bref, d’apprendre à vivre, ensemble et dans le respect du vivant, sur un territoire dont nous prenons soin.

Vers une culture de l’entraide

À Québec, les trains complèteraient le réseau structurant de transport en commun (RSTC) en desservant à la fois les banlieues et la région : corridor des Cheminots au nord, côte de Beaupré à l’est, Lévis au sud et ligne Québec-Windsor à l’est. Un réseau polycentrique pourrait ainsi relier les différents noyaux de peuplement de la province en longeant les bassins hydrographiques et les vallées.

Depuis cette ossature et pour en finir avec le règne hégémonique de la propriété privée, il serait alors essentiel de travailler à la radicalisation des communautés locales en faisait tout pour court-circuiter les logiques asservissantes du libre-marché. Les travailleurs et travailleuses affecté·e·s par les crises en cours seront plus vulnérables face à l’emprise toujours plus exclusive du Capital, mais l’instabilité est aussi une occasion de redonner un sens à nos vies, de prendre racines, en établissant les bases d’une culture post-croissance basée sur la collaboration, l’entraide et la régénération.

En ville, forçons la fermeture et le retrait des équipements nocifs — incinérateur, usines, port, autoroutes —, militons pour le resserrement du périmètre d’urbanisation, transformons les devantures de la banlieue en jardins, occupons et revendiquons des terrains, attaquons les multinationales, développons des visions citoyennes de l’aménagement libres des impératifs financiers, déployons des réseaux permaculturels et agroforestiers des les ruelles, bloquons les rues, collectivisons nos savoir-faire dans des ateliers partagés, rassemblons-nous dans des communs pour faire évoluer nos pensées, combattons l’obsolescence programmée dans des cafés-réparation, soutenons les actions de désobéissance civile, utilisons exclusivement la monnaie locale — le BLÉ — et encourageons des initiatives favorables aux cultures maraîchères locales comme le Marché de Proximité, le Haricot Magique ou l’Accomodation Bio. En somme, soutenons des projets communs dans lesquels nous pourrons, comme l’évoque Yves-Marie Abraham, « produire moins, partager plus, et décider ensemble3».

Ne manquons pas l’occasion de rendre révolu ce qui nuit à la chose commune. Apprivoisons l’incertitude, revendiquons des terres pour le bien commun et organisons-nous. Travaillons, plus que jamais, pour le vivant. Fabriquons, réparons, transmettons, soignons, collectivisons. Reterritorialisons les savoirs, savoir-faire et savoir-être ancestraux liés à la sagesse environnementale historique et apprenons à vivre, ensemble, de façon humble, respectueuse et symbiotique parmi la complexité du vivant.


1. David Gordon, « Still Suburban ? Growth in Canadian Suburbs, 2006-2016 », [en ligne], http://www.canadiansuburbs.ca/files/Still_Suburban_Monograph_2016.pdf

2. À ce sujet, lire Dominique Payette, Les brutes et la punaise : les radios-poubelles, la liberté d’expression et le commerce des injures. Montréal, Lux, 2019

3. Yves-Marie Abraham, Guérir du mal de l’infinie, Montréal, Écosociété, 2019


Article publié dans l’édition #85 de la revue à babord

Vers une ville du vivant

NATURE ET CULTURE

Les milieux bâtis matérialisent les rapports qu’entretiennent les milieux anthropiques avec les monde. Ils révèlent nos relations au territoire, nos interactions à la matière, nos systèmes de croyances, nos formes d’organisation sociales. Comme le disait Winston Churchill : « We shape our buildings; thereafter they shape us ». La ville que nous façonnons conditionne nos comportements qui, à leur tour, organisent la ville dans une relation dialectique. En apparence vertueuse et destinée à placer l’humain « au coeur » de son propre univers, cette réalité dissimule une relation écocidaire puisant ses racines dans les profondeurs de la culture occidentale.

Depuis l’Antiquité, la ville est considérée par l’esprit gréco-romain comme étant le refuge de l’humain, une clairière¹, entourée d’une nature étrangère, sauvage, hostile ou décorative. En ce sens, les manières de concevoir, de bâtir et d’habiter les milieux anthropiques exigent une déforestation et, par le fait même, une destruction massive des écosystèmes que les milieux forestiers abritent. Cet héritage culturel selon lequel l’humain externalise et domine le vivant mérite d’être profondément remis en cause alors que nous vivons une 6e extinction de masse exacerbée par l’activité humaine.

La crise climatique, la perte de biodiversité et l’émergence d’un discours favorable au « retour de la nature en ville » obligent un transformation profonde des pratiques liées à l’occupation territoriale. Il est alors tout à fait légitime d’interroger ce que nous désignons par le concept de « nature » et voir comment cette dernière peut émerger dans les milieux anthropiques. Plus encore, par quels moyens l’activité humaine peut-elle contribuer à son renforcement ?

Le ralentissement mondial imposé par la pandémie de la COVID-19 présente une réelle occasion de réfléchir et d’imaginer la ville de demain; un milieu basé sur une culture de l’entraide dans lequel l’humain participe à la régénération des écosystèmes et cohabite intégralement avec le vivant.

Nous survolerons donc, rapidement, l’évolution de la relation entre ville et nature à travers des représentations qui, au fil du temps, illustrent les mutations de notre rapport au monde et prépare pour l’émergence d’une « ville du vivant ».

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Le milieu anthropique isolé de la nature.
Plan de Rome, 1574
LA VILLE ESTHÉTIQUE

Dans la Rome antique du Ier siècle existait la locution rus in urbe, la campagne dans la ville, pratique de verdissement associée à la beauté et aux espaces luxuriants destinés aux empereurs. Dans la même veine, au XVIIe siècle, le square londonien était reconnu pour « l’ornement, le plaisir, le délice ». Dès lors, les concepteurs de ces lieux cherchaient à créer « l’illusion » de la campagne en ville par l’intégration d’une nature domestiquée.

Encore à ce jour, la présence de végétation dans les milieux urbanisés est largement associée à la richesse et la désirabilité. Il n’y a qu’à penser aux boulevards urbains de prestige ou encore aux arbres matures qui ornementent les quartiers aisés comme Sillery, Outremont et Westmount. La corrélation positive entre la canopée des quartiers centraux et le niveau socioéconomique des résidents démontre en partie l’appréciation esthétique associée à un « quartier vert ». Dans l’imaginaire collectif, la présence d’arbres et d’espaces végétalisés signifie des activités de plaisance, une ambiance champêtre ou un pique-nique estival.

Au-delà de sa valeur esthétique, la végétation sert aussi, sous le règne anthropique, de dispositif urbanistique permettant le renforcement d’une distinction sociale, le maintien d’une ségrégation spatiale, ou le camouflage d’une réalité jugée indésirable. Pensons à la marge avant qui sépare l’Assemblée nationale de la population, au boisé qui isole le campus de l’Université Laval de la ville, aux arbres qui dissimulent les cours arrières sur le boulevard Charest ou à la bande forestière qui cache une banlieue générique dans les paysages autoroutiers du Québec. Dans l’espace anthropocentrique, le végétal masque le spectacle de la domination de l’humain sur l’humain ; il détourne les regards et apaise les consciences.

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L’espace végétal comme symbole de puissance.
National Mall, Washington, D.C., 1915
LA VILLE À ÉCHELLE HUMAINE

Concurremment, dans la ville moderne d’Amérique du Nord, l’hégémonie du transport routier a fait naître une forme urbaine diffuse et peu conviviale ; une ville recouverte de surfaces asphaltées et bétonnées, dominée par la propriété privée et érodée par les usages polluants de la voiture. En moins d’un siècle, l’expansion rapide de cette occupation territoriale, combinée à l’agriculture et la foresterie industrielle, ont anéanti les terres fertiles et les milieux forestiers qui assuraient respectivement la souveraineté alimentaire des noyaux de peuplement historiques et l’habitat d’une faune et d’une flore indigène.

Par exemple, entre 1948 et 2018, la superficie du territoire urbanisé de la ville de Québec s’est multipliée par 12 alors que la population n’a même pas triplé. Après plus de 70 ans d’urbanisation diffuse, la banlieue-dortoir, pour laquelle habiter « près de la nature » implique de la ravager, est devenue le lieu de résidence de plus de 70% des citoyen-nes de la municipalité. Au Canada, ce sont 86% des habitant-es qui vivent à l’extérieur des « noyaux urbains actifs » permettant un quotidien basé sur les transports actifs et collectifs. En d’autres termes, une prison maintenant captif les habitant-es d’une dépendance à la voiture et des carburants qui l’alimentent a été crée au détriment de la vie grâce à un gaspillage historique de terres fertiles.

Face à ces constats et surtout, en réponse à la dépendance automobile, plusieurs spécialistes de l’aménagement prônent la ville à l’échelle humaine. Densifier les milieux bâtis pour rapprocher les gens, faire ses emplettes à distance de marche et vivre une vie affluente, aisée et divertie, c’est ce que nous souhaite cette tendance. Les arbres servent quant à eux à embellir le paysage urbain et agrémenter l’espace public.

Certes appréciable pour sa sensibilité à la proximité physique des corps, son emprise limitée sur le territoire et sa réponse face aux problématiques liées aux usages de la voiture, l’échelle humaine néglige toutefois la principale victime de l’anthropocène : la biodiversité. Les problématiques liées à la destruction des écosystèmes persistent dans les discours qui se présentent comme remèdes à l’étalement urbain. En ce sens, la sémantique de la ville « humaine » rejette encore et toujours les principes fondamentaux du vivant relatif à l’entraide entre espèces. Par cette conception de la ville, l’humain se positionne au centre de l’urbis (et de son hubris), alors que la nature n’est qu’un agrément du même ordre qu’un mobilier urbain, un trottoir ou une chaussée; la faune et la flore n’étant qu’accessoires.

La ville esthétique dissimule une évacuation massive des relations entre vivants, tandis que l’échelle humaine reflète les problèmes relatifs à l’anthropocène, c’est-à-dire l’humain comme seule et unique mesure de l’aménagement des milieux de vie.

De la ville automobile à la ville à échelle humaine. L’arbre comme agrément urbain, déplaçable et replaçable à notre guise.
Peter Calthorpe et William Fulton, 2001.
LA VILLE BÉNÉFIQUE

Aujourd’hui, dans le contexte des bouleversements écologiques, le monde végétal apparaît comme une bouée de sauvetage pour l’humanité. En effet, les études exposant les bénéfices de « l’espace vert » sur l’humain se multiplient : facilitation de l’activité physique, relaxation, réduction du stress, filtration des polluants atmosphériques et sonores, diminution des îlots de chaleur, gains sur la santé publique, augmentation du sentiment de bien-être, etc.

Les surfaces végétalisées sont maintenant largement considérées pour leurs apports sanitaires, mais aussi économiques. À cet effet, de nombreuses études suggèrent d’attribuer une valeur monétaire aux arbres, aux « infrastructures vertes » ainsi qu’aux milieux humides. Dans cette vision, la complexité du vivant est réduite à un vocabulaire technocratique. On ajoute la « nature » à la liste des « équipements » à déployer par une équipe de gestionnaires. On parle de « services écosystémiques » pour qualifier « les multiples avantages que la nature apporte à la société ». On achète des arbres pour compenser des activités polluantes et on intègre simplement la végétalisation et la canopée dans une « trousse d’outils de planification » contribuant à la santé publique, à l’économie de coûts et, plus largement, au bien-être humain. Bref, la nature, les végétaux et les qualités territoriales sont, dans une telle approche, considérés comme un moyen d’amélioration de la condition humaine.

D’une certaine manière, cet engouement pour le verdissement est réjouissant puisque de nombreux végétaux sont plantés et des municipalités adoptent des mesures concrètes pour favoriser l’intégration d’une biodiversité. Toutefois, le problème fondamental de ces pratiques émergentes — la domination de l’humain sur la nature — persiste, tant physiquement que symboliquement. À travers une lunette pragmatique, on tente simplement de répondre à la question suivante : comment la nature peut-elle offrir des services économiques, écologiques ou sanitaires à l’humain? Le tout, sans jamais remettre en cause le sens de nos interactions aux écosystèmes et au monde.

Et si, en partant du fait que le caractère nocif de l’activité humaine est responsable d’une 6e extinction de masse, nous inversions plutôt la réflexion et les pratiques qu’elle sous-tend : comment l’activité humaine peut-elle contribuer au renforcement des écosystèmes? Un tel questionnement renverse profondément la responsabilité de l’humain face à la nature. Et nous croyons qu’il devrait être à la base d’un changement de paradigme permettant une transformation radicale des pratiques culturelles et conduisant à l’émergence d’un rapport de soin et d’empathie de l’humain face au vivant. Mais comment cette nouvelle prémisse peut-elle se traduire en termes d’occupation territoriale?

LA VILLE DU VIVANT

Comme le révèle la multiplication des bouleversements écologiques et la décroissance aujourd’hui imposé par la COVID-19, nous sommes à la fin d’un cycle civilisationnel basé sur l’abstraction des réalités du monde. Pour Pablo Servigne et Gauthier Chapelle, « l’âge de l’entraide doit donc commencer dès maintenant, à tous les niveaux et de manière anticipée […] ». Et en évoquant « l’entraide », les deux biologistes réfèrent à la complémentarité et l’interdépendance essentielles des différentes espèces vivantes ; une co-évolution tout simplement vitale et trop complexe pour être « contrôlée », comprises ou évacuée par l’humain.

Il est alors essentiel de redéfinir les milieux anthropiques comme parties intégrantes et intégrées d’une nature complexe, et non comme composantes externes d’une nature étrangère. À partir de l’occupation territoriale héritée, nous devons impérativement travailler à l’effacement des séparations, physiques et historiques, qui évacuent l’établissement humain des relations écosystémiques et accepter, voire désirer, une perte de « contrôle » sur la nature.

Pour ce faire, un premier exercice pourrait être de répertorier les lignes de subsistance du territoire, soit les conditions fondamentales ayant historiquement permis la cohabitation des espèces et étant aujourd’hui propices au retour d’une biodiversité indigène : climat, hydrographie, géomorphologie, foresterie, etc. À partir de ces réalités territoriales, comment l’établissement humain peut-il contribuer à leur régénération ?

En travaillant conjointement au renforcement des écosystèmes locaux, à la récupération des secteurs délaissés et à la décroissance des milieux humanisés, il devient possible d’organiser un réseau écosystémique complet servant de nervure aux milieux bâtis et d’accroche pour la redéfinition d’un nouveau rapport au monde : reterritorialisation des pratiques culturelles selon les réalités biophysiques régionales, corridors écologiques assurant la continuité écosystémique, réseaux permactulturels et agroforestiers favorables à l’émergence d’une faune et d’une flore indigène, renaturalisation des berges, transformations des friches hydro-électriques en forêts nourricières, conversion des espaces dédiés à la voiture en niches de biodiversité, déminéralisation des surfaces de bitumes, etc.

À l’époque de la dégradation écologique, les actions de verdissement, soutenues par une mobilisation des communautés locales, devraient viser la régénération des sols et de leur microbiologie, la création d’habitats et de conditions favorables aux espèces indigènes ainsi qu’une vision de l’habitation territoriale axée et sur les interactions significatives entre citoyens et nature.

Pour le domaine de l’aménagement, il s’agit d’un réel défi de composer (et laisser-aller) avec une multiplicité renouvelée de perspectives. Effectivement, les interactions à potentialiser sont considérables et ne peuvent pas être entièrement planifiées. C’est pourquoi une portion de l’espace urbain écosystémique peut être réfléchie (plantation de forêts nourricières, conversion de rues en corridors écologiques ou implantation de réseaux permaculturels), alors qu’une autre devrait être laissée dans des conditions d’émergence (auto-organisation, tonte sélective et contrôle des espèces exotiques envahissantes).

Au final, le ralentissement occasionné par la crise de santé publique actuelle doit alimenter la réflexion et, éventuellement, soutenir l’action. Sans transformations radicales des pratiques culturelles, nous léguerons aux générations suivantes une condition humaine fragilisée et peu résiliente face aux grands bouleversements climatiques.

Pour comprendre le rôle essentiel de la biodiversité, cette dernière doit systématiquement intégrer les discours, les mentalités et les milieux de vie. D’une ville à l’échelle humaine, anthropocentrique, érigeons une ville à l’échelle du vivant, anthropo-biocentrique, dans laquelle l’humain prend soin du territoire et des espèces avec lesquelles il cohabite.

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La ville anthropocentrique : secteur autoroutier Dufferin-Montmorency dans Limoilou.
Photo : Simon Parent 2018
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La ville anthropo-biocentrique permettant une cohabitation du vivant.
Nature Québec 2020

avecPhilippe-Daniel Deshaies
pour Nature Québec